L'un d'eux, après l'atterrissage, voulut aller lui-même déposer une dépêche au télégraphe; on l'y autorisa, et le maire, le baron de Turckheim, l'accompagna; mais, aussitôt à la poste, un rassemblement de quelques centaines de personnes se forma et on dut prendre des précautions pour protéger la sortie de cet officier, qui, avec ses camarades, avec, aussi, les mécaniciens et le pilote, passa la nuit debout à côté du Zeppelin.
Dans le brouillard humide, la nuit fut longue et, jusqu'au matin, en attendant l'arrivée du général Hirschauer, inspecteur permanent de l'aéronautique, et de la commission militaire, les aéronautes allemands se promenèrent, renfermés dans un mutisme persistant, auprès des groupes d'officiers français.
Le pilote Glund réclama cependant quelquefois auprès du capitaine de service, lorsque quelque visiteur pénétrait dans les nacelles, ce pourquoi il faisait des réserves que l'officier français ne manquait pas d'enregistrer fort courtoisement aussitôt.
A 6 heures du matin, le général Hirschauer arriva. Il s'enquit d'abord des besoins que pouvaient avoir les officiers allemands, le pilote et les mécaniciens, puis, accompagné de sa suite, il visita en détail le ballon. D'abord la nacelle avant où il examina les appareils de contrôle, les cartes, différents papiers, ensuite l'intérieur du dirigeable. Mais, à aucun moment, il n'appela le pilote pour lui fournir des précisions. A 7 heures moins le quart, la visite était terminée, et le général Hirschauer partait avec le sous-préfet, M. Lacombe, conférer avec le général Lescot, commandant la place, et rédiger son rapport au gouvernement.
A 7 h. 1/2 du matin, une équipe de vingt hommes, venus du Corps aéronautique allemand de Strasbourg la veille au soir par le train, fut autorisée à pénétrer sur le champ de manoeuvres pour aider l'équipage. Il était, en effet, permis au pilote Glund de reprendre possession de son dirigeable, et on lui rendit les bougies d'allumage enlevées la veille aux moteurs.
Pendant trois heures on procéda à la mise en état et surtout aux réparations des poutres armées qui étaient brisées,--grâce à des attelles de fortune, constituées par de jeunes troncs d'arbres qui furent placés à l'intérieur du Zeppelin et solidement fixés aux parties endommagées.
Ceci, tandis qu'une autre équipe allait à la gare pour y recevoir un wagon chargé de tubes d'hydrogène comprimé, lequel, parti dans la nuit de Friedrichshafen, était arrivé--comme train spécial--à 10 heures du matin à Lunéville. Les Allemands nous donnèrent ainsi une merveilleuse leçon de célérité, non seulement par le fait d'avoir si vite dirigé un chargement complet de 200 tubes, considérés comme explosifs, mais aussi en réalisant ce «record» de les débarquer hors du wagon, de les véhiculer sur des camions de fortune, d'emmener le tout sur le champ de manoeuvres, de réunir entre eux les tubes et de fournir environ 1.000 mètres cubes d'hydrogène pur, au dirigeable épuisé, dans un espace de deux heures. Car à midi un quart le ravitaillement était terminé.
Une heure auparavant, trois points noirs, qui, peu à peu, s'en allaient grandissant, avaient paru à l'horizon. Et ce furent aussitôt des acclamations enthousiastes, délirantes. La foule avait reconnu nos avions militaires, trois biplans de l'escadrille aérienne d'Épinal qui venaient, dans un vent de 16 mètres à la seconde, survoler le Zeppelin et atterrir correctement dans la ligne du ballon.
De Paris, vers 11 h. 15, était arrivé l'ordre de libérer le dirigeable avec son équipage civil. Quant aux militaires, ils devaient être reconduits à la frontière.