Le départ du Zeppelin. Il
quitte le «terrain militaire»
sur lequel il avait atterri
malgré la «défense de
pénétrer» et se dirige vers
vers Metz.
Mais une difficulté subsistait. L'un des officiers, le capitaine Fritz George, était en possession d'un document dont il avait déclaré ne pas vouloir se dessaisir. Il en avait seulement montré la suscription: c'était le cahier des charges imposé par l'autorité militaire à la Société Zeppelin.
L'intérêt de connaître cette convention était relatif; cependant il était peut-être utile de savoir les conditions imposées aux Zeppelins pour leurs réceptions et entre autres la vitesse obligatoire pour ces dirigeables. Car les instruments de mesure auxquels nous faisions allusion tout à l'heure ne donnant que des indications d'approximation, pouvant être corrigées ou étalonnées, il n'eût pas été indifférent d'avoir une précision.
Bref, ce détail fut réglé à la satisfaction de tous, nous dit-on, par la communication au général Lescot du document et la déclaration d'honneur du capitaine Fritz George, que ni lui, ni ses compagnons, n'avaient fait d'observation concernant la défense nationale.
Tandis qu'avait lieu ce conciliabule entre militaires le pilote Glund faisait connaître que son heure de départ était fixée à 1 h. 1/2 de l'après-midi. La nouvelle se répandit dans le public, et, sur le champ de manoeuvres, il resta peu de curieux, toujours maintenus, d'ailleurs, par les soldats. Le préfet, les généraux, différentes autorités, partirent déjeuner tranquilles.
Mais la déclaration du pilote était une feinte, qu'il eut raison d'adopter à notre avis, à moins que sa montre ne fût réglée, ce qui était possible, sur l'heure de l'Europe centrale. Il nous sembla, plutôt, que le capitaine de réserve Glund se rendait parfaitement compte que les sentiments de la population ne lui étaient pas favorables. C'est pourquoi, soudain, vers midi et demi, alors que nous étions quelques rares à assister à ces préparatifs, on vit l'équipage manoeuvrer pour quitter l'ancrage; le ballon resta maintenu par les soldats. Le pilote prévint ceux-ci, sans leur dire toutefois que le départ était imminent. Sur un coup de sifflet bref, à midi 35, les deux moteurs furent embrayés et accélérés. Un peu brusquement, et projetés en éventail, les soldats durent lâcher prise, tandis que le Zeppelin prenait de l'altitude assez rapidement. Le public, surpris, manifesta bruyamment, mais ce fut pis encore, lorsque, quelque temps après, les officiers allemands, accompagnés du commissaire spécial de Lunéville, partirent en automobile vers la frontière. Une double rangée de dragons retenait la foule, tandis que, rapide, s'éloignait l'auto.
Avant de partir, le pilote Glund avait fait remettre au maire de Lunéville 2.000 francs pour les pauvres de la ville et il avait consigné 7.600 francs pour droits de douane du ballon.
Un dernier incident se produisit après ce double départ. Un ingénieur de la fabrique de moteurs allemands dont était muni le Zeppelin eut maille à partir avec le public, parce que, à tort du reste, il voulait empêcher de photographier le moteur abandonné par le dirigeable, souvenir de l'incursion du Zeppelin. Protégé par les cavaliers, l'ingénieur dut rapidement partir en automobile avec des amis.
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Ainsi se termina heureusement cet atterrissage inopiné d'un dirigeable allemand dans une de nos villes-frontières où il faut compter avec l'esprit de la population, prompte à l'emballement parce que vivant depuis quarante années dans un état de tension continuelle.