Le pilote du Zeppelin et son équipage peuvent aussi s'estimer satisfaits d'avoir été favorisés par le temps au cours de cette aventure. On ne sait, en effet, ce qu'il serait advenu, si, un fort vent s'étant mis à souffler, on eût été obligé de dégonfler sur place le dirigeable! Il y en avait pour des semaines de démontage et d'autres difficultés auraient peut-être surgi.
Les autorités allemandes l'ont du reste fort bien compris, et si, quelques heures après la descente d'un de ses ballons à Lunéville, le comte Zeppelin, envoyait au pilote Glund, une dépêche dont le premier mot était celui-ci: «Condoléances», le gouvernement allemand, par l'intermédiaire de son ambassadeur M. de Schoen, adressait, au lendemain du départ du Zeppelin, une lettre officielle de remerciements à notre ministre des Affaires étrangères.
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Il reste maintenant à savoir, et c'est un point de vue qui inquiète l'opinion allemande, si le fait de l'atterrissage voulu ou forcé du Zeppelin à Lunéville a livré à nos ingénieurs les secrets de construction de cet aéronat.
En dehors de nos officiers, deux de nos ingénieurs spécialistes étaient venus à Lunéville pour visiter le Zeppelin. C'étaient M. Julliot, de la maison Lebaudy frères, et M. Sabattier, des usines Bayard-Clément. Avec eux, nous avons vécu sur le champ de manoeuvres de Lunéville, et nous pouvons affirmer qu'ils n'ont ni rempli leurs carnets de croquis, ni usé des centaines de plaques photographiques. Ils se sont contentés de regarder, ce qui a semblé leur suffire.
L'un et l'autre connaissaient déjà le Zeppelin. Ils ont eu le loisir de le voir de plus près et plus longtemps, voilà tout.
Mais il est bien certain qu'ils n'ont pas été frappés au cours de cet examen par la révélation subite d'une construction inattendue qui apparaîtrait pour la première fois à leurs yeux comme une extraordinaire réalisation.
Nous croyons que le génie français et le talent de nos ingénieurs nous permettront toujours de rivaliser, en matière de dirigeables, avec ce qui se construit de l'autre côté de la frontière.
Seulement, nous procédons d'une autre école, et ce qui nous donne une infériorité, c'est que nous ne possédons pis les crédits suffisants pour construire des unités rapides et nombreuses afin de mettre sur pied une escadre aérienne de dirigeables aussi imposante que la flotte allemande. Il appartient aux Chambres d'en décider autrement. Ce jour-là les qualités de nos dirigeables ne le céderont en rien à celles des Zeppelins allemands.
Paul Rousseau.