C'est du reste cette orientation qui avait laissé penser, jeudi soir, à Paris, quand on connut le passage vers Vesoul et l'atterrissage à Lunéville, que le Zeppelin désemparé avait été pris par un courant du sud. Toutefois, on envisageait malgré tout, et au préalable, l'incursion en territoire français.

De ces hypothèses, on voit que, d'après les déclarations allemandes, aucune n'est vraie. Il faut donc admettre--tout en reconnaissant la possibilité de s'égarer au-dessus de la Haute-Saône--que le dirigeable a navigué en France, 130 kilomètres durant, sans pouvoir repérer sa route.

Quant à la question de l'atterrissage, réserves faites des déclarations du pilote Glund, on doit noter que le dirigeable était à court de lest, que des extincteurs et des outils avaient été jetés par-dessus bord. On avait naturellement conservé le plus précieux de tous les lests, l'essence. Très exactement --le jaugeage fut effectué par un officier--il restait à bord du Zeppelin, à son arrivée, 100 litres de carburant pour deux moteurs, soit environ deux heures de marche. Telle est la vérité.

Les deux opinions soutenues pour et contre l'atterrissage: comme il restait deux heures de marche à bord, le dirigeable pouvait franchir la frontière sans s'arrêter; le pilote n'a donc atterri que par bonne volonté.

Contre l'atterrissage: il est entendu que le dirigeable avait assez de carburant à bord pour aller atterrir en Allemagne, mais c'est l'incident survenu aussitôt après le passage au-dessus de Lunéville qui a obligé les aéronautes à revenir.

Il ne nous appartient pas de conclure, nous exposons simplement des versions.

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Mais revenons auprès du dirigeable, alors que les opérations de descente se terminent.

L'équipage a fiché en terre un énorme tire-bouchon d'acier, haut de 1 m. 20, qui se visse dans le sol, non sans difficulté, et qui formera ancre, l'extrémité du tire-bouchon étant reliée par des cordages avec un pieu creux en fer placé également dans le sol à environ 1 m. 50 de distance, assurant ainsi un système suffisamment rigide.

C'est cet ensemble, fixé en terre par les moyens du bord, qui constituera la seule attache du dirigeable pendant tout son séjour. La pointe du Zeppelin étant placée, face au vent, un triple câble d'acier part de l'étrave du dirigeable et s'accroche à la boucle qui termine l'énorme vis métallique disparue en terre. Ainsi, à son gré, le ballon évoluera, mais aucune autre attache ne le reliera au sol.