LA GUERRE ILLUSTRÉE PAR UN COMBATTANT.--Une lutte de
fauves: soldat bulgare, à l'attaque de Baalar-Sarta, étranglant avec les dents un adversaire turc.
--Croquis du soldat-instituteur S. Stoianof.
Des canons aussi, comme des hommes, se sont égarés dans ces glèbes, des pièces qu'on emmenait en retraite, qu'on a abandonnées au moment de la panique et laissées là, démontées, souvent, l'affût ici, le caisson plus loin. Et l'on a tout à coup, à les rencontrer ainsi perdues sous le ciel livide, dans cette immensité déserte, l'impression soudaine de la débâcle.
Distribution de pain par les Bulgares aux affamés d'Andrinople.
Dessin de GEORGES SCOTT.
C'est toujours le même site, la même colline inclinée vers une vallée presque insensible, tant la pente en est lente, qui se relève à l'horizon en une autre ondulation aussi douce; ce sont toujours, le long de cette crête, les mêmes tranchées, hérissées de canons silencieux, les mêmes glacis, avec leurs haies de ronces d'acier, et, dans la terre inculte, les mêmes entonnoirs, pareils à la trappe d'un fourmilion géant, ouverts par la plongée d'un obus. Mais à mesure qu'on approche du point infernal où convergeaient les pièces les plus furieuses, de ce «saillant nord-est» où céda la défense, ces fondrières deviennent de plus en plus nombreuses, de plus en plus pressées, se touchent, se confondent. A distance, on dirait de champs labourés tant le sol est en tous sens sillonné, retourné, creusé, bossué de mottes.
L'ILE D'ÉPOUVANTE Le déchet de la garnison prisonnière:
les malades et les épuisés que l'état-major bulgare, ne pouvant ni les évacuer, ni les soigner, ni les nourrir, a parqués dans un îlot de la Toundja où ils meurent au pied des arbres dont ils ont dévoré l'écorce. Dessin de Georges Scott, d'après ses croquis.
--Voir l'article aux pages suivantes.
Le camp des agonisants dans un îlot de la Toundja, au
nord d'Andrinople. --Photographies Georges Scott.
Voici Aïdjiolou,--et la trouée, le passage de dix à quinze mètres ouvert à la cisaille et à la baïonnette à travers les fils de fer, par lequel s'engouffra l'irrésistible trombe. Un dessin que nous reproduisons, un croquis émouvant par son accent de véracité, car son auteur, qui fut parmi les combattants de cette nuit, n'a fait qu'interpréter, non sans adresse, en tout cas avec une évidente sincérité, ce qu'il a vu, retrace un épisode semblable de l'assaut et fait mieux comprendre et admirer davantage le stoïcisme de ces volontaires qui se dévouèrent pour assurer aux armes bulgares le triomphe avec la possession d'Odrin: il n'est aucun peuple dont l'histoire enregistre un plus noble sacrifice.