A l'aube, les canons turcs ouvrirent sur nous un feu terrible; mes hommes tinrent bon, et vers midi nous étions déjà maîtres de tous les avant-postes des forts que nous attaquions. C'est là que nous restâmes retranchés pendant tout l'après-midi et pendant toute la nuit, non sans avoir d'ailleurs à repousser nombre de contre-attaques turques.
Dans la nuit, nous recevions du général Ivanof l'ordre d'attaquer à l'aube toute la ligne des forts qui se trouvaient devant nous, avec l'indication des points dont nous devions nous emparer.
Mon régiment avait affaire, pour sa part, au fort Kazan-Tepe. Au point du jour nous commencions notre mouvement en avant. Les Turcs nous reçurent par un feu d'artillerie très meurtrier. Mais notre régiment progressa en une vague large, irrésistible, poursuivant à la baïonnette l'infanterie turque qui se retirait. Finalement de petits drapeaux blancs apparurent à la crête de l'ouvrage, et bientôt un parlementaire turc se présentait à un officier du 20e régiment, demandant à être conduit auprès du général Stépanovitch, commandant de l'armée serbe, afin d'entamer des pourparlers de reddition.
Le bureau de Choukri pacha, dans le fort d'Hadirlik.
Au moment même où les drapeaux blancs étaient hissés sur le fort, le feu cessait des deux côtés. Mais notre élan était tel que nous continuâmes notre marche en avant. Mon bataillon, pour sa part, était engagé dans la direction du fort nommé Hadirlik.
Comme nous arrivions sous le fort, j'aperçus sur le rempart un groupe d'officiers turcs. Après avoir déployé mon bataillon tout alentour, je me dirigeai vers eux. Un capitaine se détacha du groupe et vint à ma rencontre.
--Enfin, lui dis-je en français, ça y est. Tant mieux pour vous et pour nous.
--Pour vous, oui; pas pour nous, répondit-il.
Dans le même moment j'apercevais un peu plus loin, dans le fort même, un autre groupe important d'officiers.