--Qui sont ces messieurs? demandai-je.

--C'est là que se trouvent Choukri pacha et son état-major, répondit le capitaine.

Jusque-là, je n'avais pu m'imaginer que je venais de capturer une personnalité aussi haute que le commandant en chef lui-même, Choukri pacha, avec tout son état-major.

--Il est nécessaire, dis-je alors au capitaine, que je sois immédiatement présenté à Son Excellence. Je vous prie de me conduire auprès d'Elle.

Mon interlocuteur déféra à ce désir. Après m'avoir fait suivre une série de casemates obscures, il m'amena devant le bureau même de Choukri. J'y pénétrai.

A mon entrée dans la chambre, Choukri pacha se leva et avec lui tous les officiers qui l'entouraient. J'avançai d'un pas et fis le salut militaire. Ce fut une émotion que je n'oublierai jamais:

--Excellence! dis-je, le commandant Milovan Gavrilovitch a l'honneur de vous informer que, dès ce moment, vous vous trouvez sous la protection de l'armée serbe.

A dessein j'évitais toute expression blessante et le mot brutal de «prisonnier». Puis je priai le général d'agréer, lui et tous ses officiers et soldats, les compliments les plus sincères de toute notre armée pour l'héroïque résistance que nous avait opposée Andrinople.

--Je savais déjà, répondit Choukri pacha d'une voix émue, que le peuple serbe était un bon et brave peuple. Au cours de la dernière guerre j'ai eu l'occasion de m'en convaincre personnellement.