Nous tenons la plupart de ces renseignements d'un riche gentleman albanais, qui fut un compagnon de Tsilka dans le mouvement national, mais qui dîne aujourd'hui chez le commandant serbe et de qui l'envahisseur lui-même réclame des conseils. Il s'appelle A. Irfan Nuuman bey. J'ai lu son nom sur une carte de visite pittoresque, toute rehaussée de branches vertes et de guirlandes.
La carte de visite d'un riche albanais.
Quand nous nous promenions avec lui à travers les rues sinueuses de la ville, sous les réseaux des vignes vierges qui tordent leurs rameaux d'un toit à l'autre,--le peuple s'arrêtait à notre passage, touchait fez ou bonnet et s'inclinait avec respect, tant Irfan bey est un grand personnage.
Nous avons apprécié l'hospitalité de cet homme digne et calme, nous avons été surpris par son intelligence; néanmoins devons-nous reconnaître qu'il n'est guère de taille à gouverner un pays barbare et indiscipliné.
l'Albanie est-elle mure pour l'autonomie?
De fait, il a été décidé qu'après la guerre, l'Albanie serait autonome. Mais avec sa population d'hommes de clans illettrés, impatients de toute autorité et n'ayant aucun respect pour la vie humaine, avec à peine, dans toute son étendue, une douzaine d'hommes capables de s'égaler aux deux personnalités déjà si modestes d'un Tsilka et d'un Irfan,--n'est-il pas extrêmement douteux qu'un tel pays puisse jamais se policer lui-même?
La mosquée d'Elbassan.
Les lois une fois faites, où sont ceux qui les mettront en vigueur? Où, celui qui recueillera les impôts dans ces nids de montagne, par exemple, dont les habitants n'ont jamais entendu parler d'une semblable chose: verser de l'argent à on ne sait qui pour on ne sait quoi?