Langue et écriture, le sogdien est ce qui reste aujourd'hui d'une civilisation qui, tous les documents le montrent, a régné près de quinze siècles, non seulement dans la Sogdiane étroite délimitée par Alexandre, mais sur toute l'étendue qui va presque de la mer Caspienne aux premières villes de la Chine, sur toute l'étendue du Turkestan. Le peuple sogdien, fait de cultivateurs, de marchands, de bourgeois, de voyageurs, servait de lien entre l'Inde, la Chine, le Tibet, la Perse. A travers son territoire, les grandes pistes caravanières qui partaient de la Chine portaient le commerce de tout l'Extrême-Orient vers les pays du Sud et de l'Ouest et jusqu'aux confins de la Méditerranée orientale. Sur ces voies du trafic, les idées et les croyances se transmettaient également, et c'est par leur trajet que se sont étendus vers l'Extrême-Orient le bouddhisme et l'art qu'il véhiculait; même des hérésies, des sectes, autrement moins importantes, suivaient aussi ces chemins, et l'une d'elles qui atteignit jusqu'à la Chine, devait se répandre en même temps dans l'Occident chrétien: c'est ce «manichéisme» que saint Augustin chargeait de sa haine et qui se termina dans la célèbre croisade des Albigeois. A ces civilisations qu'ils faisaient joindre les Sogdiens servaient en même temps de rempart: ils les défendirent pendant des siècles contre les nomades du Nord, Scythes, Huns, et autres, jusqu'aux temps où, vers le huitième siècle de notre ère, tandis, d'ailleurs, que l'islam s'installait dans la Perse rénovée et y transformait la civilisation, ils finirent par succomber sous les massacres mongols. Leurs descendants ne sont plus aujourd'hui qu'une poignée, réfugiés dans la vallée escarpée de l'Yagnab: M. Gauthiot vient de partir les étudier sur place.

Les grands traits de l'histoire totale du bouddhisme à travers l'Asie s'étaient fixés depuis une trentaine d'années; dans les dix dernières, on avait appris en outre toute l'importance du rôle joué par le Turkestan chinois dans cette histoire; mais son mécanisme intérieur restait ignoré... C'est ce mécanisme que révèle la découverte du sogdien. Si l'on se rappelle qu'en même temps il est de plus en plus apparu que l'Inde, au moment même où le bouddhisme allait en sortir, a subi les influences les plus directes de l'Occident, et que notamment l'art bouddhique, qui s'est alors formé, est tout grec par sa forme, comme il est tout hindou par son contenu religieux, on voit que ce n'est pas seulement toute l'histoire de l'Asie qui s'éclaire, et dans son plus grand épisode, mais un des plus vastes fragments de toute l'histoire de l'ancien continent.
Jean-Paul Laffitte.

GAVROCHE AU MONTENEGRO

Depuis le commencement de la guerre jusqu'à la prise toute récente de Scutari, le Monténégro nous a fourni bien des images héroïques. Celle que nous reproduisons ici témoigne que le vaillant petit peuple a parfois l'humeur plaisante, et que l'impertinent Gavroche y exerce ses jeunes malices... C'était à Cettigne, le lendemain de la chute de la citadelle turque. L'allégresse publique s'exprime toujours plus librement que la joie officielle: il lui fallut, pour être satisfaite, qu'un âne, revêtu d'étoffes de deuil et portant en évidence un «faire-part» de la Neue Freie Presse--le grand journal de Vienne--fût promené dans les rues de la ville. Espièglerie bien innocente, sans doute, qui n'éveillera point les susceptibilités du puissant voisin, et que notre confrère autrichien aura l'esprit de ne pas grossir en incident diplomatique... Quelques jours après, le roi Nicolas était contraint de remettre à l'Europe Scutari à peine conquise: les événements avaient fait prendre à la Neue Freie Presse sa revanche.

Comment, au lendemain de la prise de Scutari, s'est
exprimée à Cettigne la malice populaire à l'égard de
la presse autrichienne.
--Phot. Voukotitch.

Un chemin dans la forêt de Terre-Neuve qui alimente en papier le Times, le Daily Mail, le Daily Mirror et soixante publications diverses d'Angleterre.

LE NAPOLÉON DU JOURNALISME

UNE GRANDIOSE ENTREPRISE: LA PAPETERIE
DE GRAND-FALLS