A CINQ PAS D'UNE LIONNE.--Un bel exploit de chasseur et une prouesse de photographe.

A considérer ce dramatique instantané, aussi émouvant par ce qu'il montre que par ce qu'il laisse supposer des péripéties d'une chasse dont il fixe l'un des instants, on se demande, et l'on hésite à décider, s'il faut davantage admirer l'intrépidité du tireur épaulant son arme avec un soin précis, et visant le fauve prêt à bondir, ou celle du photographe invisible qui, à quelques mètres, posément, sans hâte malhabile, fit les gestes nécessaires pour prendre l'impressionnant cliché... L'honneur en revient à un jeune et hardi reporter du Daily Mirror, M. Albert Wyndham: chargé par son journal d'aller enregistrer, au centre de k'Afrique, de sensationnelles scènes de chasse, il dut, avec son compagnon, M. Brian Brooke, battre pendant plusieurs semaines les jungles de l'Ouganda avant de rencontrer le «sujet» souhaité. Le hasard favorisa enfin les audacieux. Un matin, vers l'aurore, ils surprirent une lionne que M. Brian Brooke réussit à blesser grièvement. En suivant sa piste sanglante, ils parvinrent au lit desséché s'une rivière: là, M. Wyndham s'installa, avec son appareil, tandis que son camarade fouillait les hautes herbes, où des indices certains lui avaient révélé le passage de l'animal. Après dix longues minutes de recherche, il découvrit la retraite de la lionne, qui s'était tapie à quelques pas du photographe. Comme la redoutable bête, soudain dressée, s'avançait en rugissant, la gueule ouverte, vers le chasseur, qui tenait son fusil braqué sur elle, M. Wyndham fit jouer le déclic de l'objectif. Presque au même moment, le coup partait: frappé entre les yeux, le fauve s'affaissait, foudroyé.

Le cloître de Saint-Michel de Cuxa, réédifié dans la cour
de l'établissement de bains de Prades, et qui a été vendu à un Américain.
--Phot. Labouche.

UN CLOITRE MENACÉ D'EXIL

Tout le Roussillon, et il n'est pas exagéré de dire: tout le Midi, est ému en ce moment du péril qui menace le magnifique cloître de Saint-Michel de Cuxa.

Ce cloître a été acheté récemment par un sculpteur américain, et l'acquéreur, M. George Gray-Barnard. est venu ces jours-ci avec ses démolisseurs pour en prendre livraison et pour l'emballer ensuite pierre à pierre à destination de l'Amérique.

C'est au sud de la jolie petite ville de Prades (Pyrénées-Orientales), dans un coin perdu de la vallée de Taurinya, que s'élèvent les ruines de l'antique abbaye de Saint-Michel de Cuxa. De tous les côtés, comme pour faire une protection à cette solitude, se dressent les remparts des montagnes proches aux flancs piqués d'oliviers et de chênes-lièges dans les parfums pénétrants des arnicas et des genévriers.

L'entonnoir sauvage n'ouvre que d'un seul côté, une fenêtre d'azur, mais dans cette fenêtre s'encadrent les flancs gigantesques et les cimes de neige éternellement éblouissantes du Canigou.

La date de la fondation de l'abbaye se perd dans la nuit du haut moyen âge.