Il y a enfin le personnel d'antichambre et d'écurie, lequel est entièrement rétribué sur la cassette personnelle du président. Le service d'antichambre est sous la direction du maître d'hôtel; il est composé de valets de pied, de cuisiniers, d'huissiers, de garçons de bureau, etc. Le personnel d'écurie est sous la haute surveillance d'un officier de cavalerie de la maison militaire, en ce moment le lieutenant-colonel Aldebert. Le premier cocher, M. Decaux, est en même temps piqueur. Il y a dans les écuries, remises et garages de l'Elysée, six chevaux, deux voitures et deux automobiles.

Une de nos photographies représente le parc. Cette vue est prise de la partie des jardins qui avoisine les Champs-Elysées. Les parterres sont dessinés à la française. De beaux arbres ombragent les allées. M. le président de la République accomplit autour des pelouses sa promenade quotidienne. Il marche d'un pas pressé, jetant de temps à autre un regard au ciel, aux feuillages ou aux fleurs, mais le plus souvent étudiant un des dossiers dont il est toujours muni. L'indiscrétion d'un vieux jardinier--qu'on lui pardonne!--qui est le seul témoin de ces promenades studieuses nous a fait connaître cette habitude de M. Raymond Poincaré: «Ah! disait le vieillard ami des fleurs, quel homme que M. le président! Que peut-il bien avoir dans la tête? Je ne le regarde pas, bien sûr, mais je le vois tout de même... Eh bien, quand il descend, après son déjeuner, il a la poche droite de son veston toute bourrée de paperasses. Et le voilà qui commence à marcher vite, vite, autour des pelouses, et, tout en marchant, il plonge sa main dans sa poche droite, en tire un papier, le lit, parfois écrit quelque chose dessus, toujours sans s'arrêter, puis enfonce le papier dans la poche gauche pour en reprendre aussitôt un autre dans la poche droite. Et quand, sa promenade terminée, il regagne son cabinet, la poche droite est vide et la poche gauche est pleine... Mais qu'est-ce que M. le président peut bien avoir dans la tête pour travailler comme ça, tout le temps?...»

Et le vieux jardinier croisait les bras pour témoigner de sa surprise et de son émerveillement.
J. L.

[(Agrandissement)]
Plan du rez-de-chaussée du palais de l'Elysée. Sur ce plan ne figure pas le corps de bâtiments bas qui précède la cour d'honneur, sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, qui ne comprend que les postes de garde et de surveillance, des bureaux, et des services subalternes.

A l'aéro-parc de Lamotte-Breuil: le ballon Icare prêt
pour le départ. On remarque le parachute équatorial
légèrement soulevé par le vent.

A 10.000 MÈTRES D'ALTITUDE

Le Zénith, parti de la Fillette le 18 avril 1913, atterrissait trois heures plus tard près de Biron (Indre). Les 8.600 mètres d'altitude atteints au cours de l'ascension coûtaient la vie à Sivel et à Crocé Spinelli; seul, Gaston Tissandier, effroyablement éprouvé, échappait à la mort. Le 28 mai 1913, le ballon Icare, ayant à bord MM. Bienaimé, Jacques Schneider et Albert Senouque, parti de Lamotte-Breuil (Oise), atterrissait cinq heures plus tard, ayant dépassé 10.000 mètres d'altitude. L'équipage n'avait nullement souffert. Avec quel matériel, à l'aide de quels instruments, comment, en un mot, est-il possible aujourd'hui de franchir le cap des 10.000 mètres sans accident, quelles sont les conséquences physiologiques de pareilles ascensions, l'un des trois aéronautes de l'Icare, M. Maurice Bienaimé, va nous le dire:

Nous disposions pour cette ascension d'un ballon de 3.500 mètres cubes en tissu caoutchouté, gonflé à l'hydrogène pur.