Pour qu'un aérostat puisse gagner la haute atmosphère, il faut disposer de la presque totalité de sa force ascensionnelle, autrement dit il faut jeter tout le lest. Mais un ballon qui regagne les couches inférieures de l'atmosphère a une tendance à accélérer sa descente pour deux raisons distinctes: le gaz contenu dans l'enveloppe se contracte sous la pression atmosphérique grandissante; de plus, il est soumis aux lois de l'accélération de la pesanteur. D'où nécessité de garder une provision de lest évaluée à 25 kilos par 1.000 mètres d'altitude, soit 250 kilos pour modérer une descente de 10.000 mètres.

La nacelle de l'Icare et les trois aéronautes.
M. Senouque, encore hors de la nacelle et tenant un
baromètre enregistreur; M. Schneider et M. Bienaimé
dans la nacelle.

Afin de résoudre ce dilemme, nous avions muni notre ballon d'un parachute équatorial. Le parachute équatorial se compose d'une bande d'étoffe de 1 m. 25 de large, que l'on fixe autour du ballon à la hauteur de l'équateur. Cette bande d'étoffe forme une sorte de collerette dont le bord extérieur est rattaché à l'aide de cordelettes aux mailles inférieures du filet. Lorsque l'aérostat est immobile ou en ascension, l'étoffe pend verticalement; si un mouvement de descente se produit, l'étoffe prend une position horizontale et s'ouvre comme un vaste parapluie. La surface en était calculée de façon à délester le ballon de 250 kilos pour une descente de 125 mètres à la minute. Ce qui nous permettait de descendre presque sans lest.

Nous emportions quatre appareils respiratoires, dont un de secours. Ces appareils se composent d'un obus d'oxygène comprimé d'une capacité de 1.600 litres, d'un masque relié à l'obus par un tube métallique de 2 mètres de long. Un premier manomètre indique la quantité de gaz contenue dans le tube, et un deuxième manomètre, muni d'un détendeur, permet de régler le débit qui peut varier de 2 litres à 10 litres à la minute.

Au-dessus de 8.000 mètres d'altitude, on est appelé à rencontrer des froids pouvant dépasser -40°. Le gaz contenu dans les obus, en se détendant brusquement, se refroidit encore plus. Il est donc utile de protéger les appareils contre le froid. Dans ce but, nous avions enfermé les obus dans des boîtes remplies de sciure de liège et nous avions fait garnir les masques de caoutchouc, afin que le métal ne nous brûle pas le visage.

Dans ce genre d'ascension, une des principales sources d'épuisement réside dans la nécessité dans laquelle on se trouve de soulever successivement les sacs de lest pour les vider par-dessus bord. Au-dessus de 8.000 mètres, cet effort devient absolument épuisant. Afin de remédier à cet inconvénient, nous avions fait attacher nos sacs de lest à l'extérieur de la nacelle. Pour les vider, il suffisait de couper une cordelette après laquelle ils étaient suspendus. Ils tombaient dans le vide et une deuxième cordelette, préalablement attachée à leur fond, les faisait basculer et se vider automatiquement.

Pour déterminer l'altitude atteinte, nous emportions deux baromètres Richard enregistrant sur noir de fumée, ainsi qu'un thermomètre et un baromètre enregistreurs. Un dynamomètre à main pour mesurer la force musculaire, un appareil photographique, des fourrures, complétaient notre matériel.

Pour effectuer notre tentative, nous recherchions un ciel sans nuages et un vent excessivement faible. Dans les hautes régions de l'atmosphère on est appelé à rencontrer des courants aériens qui atteignent des vitesses dépassant 130 kilomètres à l'heure. Le 28 mai, par un temps idéalement pur, nous décidons de partir. Après avoir fait sceller tous nos appareils enregistreurs par M. Magne, ingénieur de la maison Richard, nous nous élevons à 12 h. 16 de l'aéro-parc Clément-Bayard, à Lamotte-Breuil. Un faible vent nous pousse vers le sud. Nous emportons 112 sacs de lest de 20 kilos environ chacun. Pour obtenir une montée régulière et continue de 50 mètres à la minute, nous jetons un sac toutes les deux minutes.

Il est indispensable de s'élever très lentement, afin d'éviter toute diminution brusque de pression.