La région de Djalé, au Dar Kouti,
récemment occupée par nos troupes.
On se souvient qu'au mois de janvier 1911 l'ancien lieutenant de Rabah, Mohammed es Senoussij sultan du Dar Kouti, trouvait la mort au cours d'un combat sanglant que lui avait livré le capitaine Modat.
Ce tyran retors et cruel avait réussi, grâce à une souple diplomatie, à maintenir des liens et même l'apparence d'une alliance avec nous. Il en profitait pour tirer de notre bienveillance tout ce qui pouvait lui servir à fortifier sa puissance, en particulier les armes et les munitions.
De notre côté, la faiblesse de nos effectifs dans les territoires du Chari-Tchad ne nous permettait malheureusement pas de surveiller ses agissements. Il en abusa pour ravager et dépeupler le pays qui lui était soumis et les régions avoisinantes, accroître ses armements et, par ses relations avec les plus fanatiques partisans de l'islam, tenter d'installer, au coeur des possessions françaises, un grand marché d'esclaves et un foyer de propagande religieuse.
Une palabre sous la tente: El Hadj Tockeur, envoyé
du sultan Kamoune, devant le capitaine Souclier.
Pourtant, le moment vint où le sultan du Dar Kouti sentit que, malgré tous ses efforts, il ne lui serait plus possible de nous cacher ses coupables agissements. Dès lors, il ne songea plus qu'à s'affranchir de notre tutelle, et à se préparer un refuge hors de notre portée. Il saisit le moment de nos plus cruels embarras au Ouadaï, la période durant laquelle fut massacrée la colonne Fiegenschuh et celle qui vit tomber le colonel Moll et ses compagnons d'armes à Dorothé. Disposant de 4.000 fusils, dont 1.200 à tir rapide, il dirigea ses meilleurs chefs de bannière et 2.000 guerriers contre la montagne de Djalé, vrai nid d'aigle, escarpé, tourmenté, formidable, où son ancien vassal le chef Djellab, sultan des tribus ouangas et youlous, s'était habilement fortifié. Le siège qu'il en fit fut long et meurtrier. Il lui fallut deux années d'efforts pour venir à bout des Youlous qui, finalement, affamés, épuisés, s'enfuirent de nuit pour se réfugier au Soudan anglo-égyptien, laissant la position aux mains de leurs adversaires. C'était le triomphe pour Senoussi. Sa défaite et sa mort, par les armes du capitaine Modat, vinrent briser ses espérances.
C'est alors que vainqueurs de Djellab et vaincus de N'délé vinrent se réfugier à Djalé même, où ils se groupèrent sous les ordres d'Abdoullaye Kamoune, fils de Senoussi. Conseillé par les plus ardents ennemis de l'influence française, le fanatique El Hadj Tockeur et le faki Yssa, anciens confidents de son père, le jeune sultan entreprit la réalisation des rêves et des projets ébauchés. Nouant des intelligences avec ses voisins, razziant tantôt vers le nord-ouest, en pays rounga, tantôt vers le bassin de la Kotto, au sud, où il massacra deux commerçants français, poussant des pointes vers la région de N'délé, il n'en continuait pas moins à nous accabler de fallacieuses promesses et de protestations d'amitié.