Les redans et retranchements naturels du repaire de Ouanda Djalé:
au centre, cases du village de Djemel Eddine, un des fils de Senoussi.
Le tata du sultan Abdoullaye Kamoune, à Djalé.
La situation ne pouvait durer. Une puissance nouvelle se formait: il fallait agir, et agir vite. La 4e compagnie du bataillon de l'Oubangui-Cliari, sous les ordres du capitaine Souclier, fut envoyée contre Djalé, le repaire de Kamoune, avec mission d'obtenir la soumission absolue de celui-ci. L'ultimatum du capitaine Souclier étant demeuré sans effet, au bout de vingt-quatre heures, l'assaut fut donné et la position brillamment enlevée. Nos adversaires surpris, bousculés, éperdus, furent culbutés, rejetés dans la plaine, éparpillés en désordre dans toutes les directions, laissant nombre des leurs sur le terrain. Kamoune, à peu près abandonné, s'enfuit, et très probablement se réfugia en territoire anglais. L'un de ses frères se rendit; les soumissions affluèrent.
C'en est donc fait désormais de l'ancienne tyrannie senoussienne. La route du Chari au bassin du Bahr el Ghazal est ouverte. La jonction avec la grande puissance amie devient un fait accompli par suite de l'installation d'un poste français à cinq jours du poste anglais de Kafia-Kingi et de la soumission du chef Djellab, réinstallé auprès de nous sur l'ancienne route des caravanes. Notre influence et notre commerce vont maintenant s'exercer librement dans ces vastes régions où la paix française ramènera l'ordre, la richesse et la prospérité.
LA NOUVELLE ALBANIE
M. Franz de Jessen, ancien correspondant de L'Illustration à Copenhague, qui a suivi, comme correspondant du journal danois le Riet, les armées ottomanes durant la campagne de Thrace jusqu'au dernier coup de canon tiré en novembre à Tchataldja, avant le premier armistice, parcourt aujourd'hui l'Albanie devenue soudain indépendante, mais incertaine encore de son sort; il y visite les grands chefs féodaux qui prétendent chacun peser de façon décisive, du poids de leur épée et du nombre de leurs soldats, sur les destinées du pays et nous adresse ces très intéressantes lignes sur ses premières impressions pittoresques et sa rencontre avec Essad pacha:
DE DURAZZO A TIRANA
Tirana, 28 mai 1913.
J'arrivais le 23 mai, à bord de l'Albanie, dans le port d'Antivari. Nous apportions aux Monténégrins les premiers vivres qu'ils eussent reçus après la levée du blocus. Quoique fort contents, ils jurèrent qu'ils n'avaient jamais manqué de rien. Seul le propriétaire suisse de l'hôtel de la Marine se plaignait de n'avoir pu, durant les trois derniers jours, servir de bière à sa clientèle, et que les puissances eussent ainsi attenté aux intérêts d'un neutre.