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Ah! maisonnettes, cabanes, huttes de mon enfance... fragiles abris de mon passé qui me paraissiez si solides, si sûrs, et qui n'avez pas su me protéger, qui vous êtes écroulés si vite!... qu'êtes-vous devenus?

Je vous avais oubliés... et, l'autre jour, il a suffi que j'aille au musée Galliéra, à l'Exposition de l'Art de l'Enfance, pour que je vous retrouve et que je rentre à la minute dans mes émotions relevées. Je me suis recourbé de nouveau--mais beaucoup plus--en franchissant vos portes basses. Quand j'ai vu, dans la cour du palais Brignole, se dresser--oh! pas bien haut--les toitures des constructions rustiques, aux couleurs vives de jouets, quand j'ai vu les rideaux, touchants comme des pans de petites chemises, les jardinets pas plus grands qu'une assiette peinte, les allées étroites où je ne pouvais plus marcher qu'en mettant tout de bon un pied devant l'autre, il m'a semblé que, véritablement, je fondais, je diminuais pour redescendre à la taille et au niveau de l'esprit naïf et du coeur si pur que j'avais alors, et qui n'ont changé, grandi, que pour se ternir et démériter. J'avais dans les yeux, dans l'oreille et dans l'odorat les visions, les bruits et les senteurs du temps de franchise où je ne faisais qu'éprouver. L'odeur du sable et des toupies, de la peau rose des balles, du bois blanc des pelles et du fer des seaux me revenait aux narines comme des parfums de violettes. J'aurais voulu être tout seul pour mettre des cailloux dans ma bouche. Et si j'avais résolu de faire un pâté, je crois que, du premier coup, je l'aurais réussi. Je ne pouvais pas m'arracher de ces jardins de nourrice, de ces bosquets de Lilli put, où m'ensorcelaient tant de souvenirs, groupés et dispersés, tant d'événements vécus,... que j'eusse aimé revivre! Plus que tous les calendriers et que toutes les paroles fameuses sur la brièveté de nos jours, ces courtes plates-bandes, ces morceaux de gazon, ces piquets de verdure frisée, ces murs de paille et de planchettes minces me certifiaient, me prouvaient la fragilité des premières années qui, plus promptes, plus légères, s'enfuient et s'écartent aussi de nous d'un pied plus vif et plus rapide.

Ces maisonnettes ont beau être faites pour les enfants, elles ne leur disent jamais--sur le moment--rien de secret ni de mystérieux. Ils les habitent comme de petits animaux sans les apprécier. Et ce n'est que bien plus tard, quand ils sont des hommes et qu'ils ne peuvent plus entrer dans les cabanes, qu'ils les regrettent.
Henri Lavedan.

(Reproduction et traduction réservées.)

Un hydroplane vogue vers le bâtiment de guerre présidentiel.

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

A TOULON

Les deux journées que M. Raymond Poincaré, accompagné de M. Pierre Baudin, ministre de la Marine, et de M. Étienne, ministre de la Guerre, vient de passer à Toulon, la revue navale qui a marqué ce voyage ont constitué, au cours des manoeuvres qui s'achèvent cette semaine, un magnifique intermède.