En prenant pour base les statistiques officielles, on constate que, pour l'ensemble de l'Europe, la production moyenne de blé par tête d'habitant est tombée de 126 kilos pendant la période 1881-1890 à 117 kilos pendant la période 1901-1910. A vingt ans d'intervalle, la population européenne a donc augmenté dans une proportion plus grande que la production mondiale du blé. Il en est de même en Afrique.
La situation change en Asie, en Océanie et surtout en Amérique. Dans ce dernier pays, la production du blé par habitant s'est élevée de 174 à 218 kilos. Ainsi s'est trouvé compensé le déficit relatif de la production européenne.
Maintenant, si nous envisageons le problème de façon plus générale, nous voyons que la population de tous les pays producteurs de blé est passée de 689 millions d'habitants en 1885 à 858 millions en 1905, soit une augmentation, de plus de 24%, alors que la production du blé augmentait de 30%, comme nous l'indiquons plus haut.
M. Théry croit pouvoir conclure que la hausse persistante du blé tient à des causes diverses très accidentelles. Et l'élévation des cours ayant provoqué un accroissement des surfaces ensemencées, il en résultera une nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport à la population. Dans ces conditions, le prix du blé pourra baisser sensiblement sur les marchés français.
Un précurseur.
Projet d'un gratte-ciel (11 étages et
110 mètres de hauteur) datant de 1601.
C'est bien un «gratte-ciel», avec ses multiples étages, son architecture massive et régulière, où se reconnaissent pourtant, aux détails d'ornementation, la grâce et la mesure du goût français, que figure l'ancienne estampe reproduite ici, dont nous devons la communication à un de nos lecteurs, M. Félix Rochet, de Pigeac.
Cet édifice, qui rappelle si curieusement les «sky-scrapers» américains--nous en avons, tout récemment encore, montré quelques-uns pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conçu et dessiné, voilà plus de trois siècles, par un architecte savoyard, Jacques Perret, de Chambéry, le précurseur assurément des hardis constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a donné le plan d'ensemble de ce «grand et excellent pavillon dans lequel pourraient loger cinq cents personnes à leur aise». Le bâtiment mesure 26 toises de long (50 mètres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mètres 65 cent.). Dans l'épaisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2 toises (3 mètres 98 cent,), «sont petits escaliers, cabinets et privés depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingénieux architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu».
Avec ses onze étages et le petit pavillon bâti sur le toit en terrasse du corps central, l'édifice devait atteindre environ 110 mètres. Certes, nous sommes loin encore des immeubles géants de New-York, hauts de 150 ou 200 mètres, dont nous avons reproduit naguère, dans notre numéro du 3 août 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnaître, dans le «grand et excellent pavillon» de Jacques Perret, l'ancêtre des «sky-scrapers» d'aujourd'hui: les Américains devaient réaliser, trois cents ans plus tard, l'audacieuse idée conçue par un Français.