LES BÉQUILLES

Ce sont les deux ancêtres du village... Longtemps, très longtemps, ils ont vécu côte à côte, participant tous deux à la vie de la petite commune, qui s'est déroulée, devant ces humbles témoins, avec ses joies et ses deuils. Et le temps, à mesure que les années s'écoulaient, les a pareillement affaiblis. Courbée par l'âge, la bonne vieille ne marche plus aujourd'hui qu'avec l'aide d'une canne et d'un bâton rustiques. L'église, elle aussi, a ses béquilles, ses pauvres béquilles qui la soutiennent et lui permettent encore de dresser vers le ciel, au-dessus de la campagne, son clocher dont la croix s'incline. Elle apparaît comme la vénérable aïeule dont l'existence est liée à celle du village, sans laquelle il ne serait qu'une réunion de maisons privée d'âme: elle dit la longue communion des hommes sur un même coin de terre française. La laissera-t-on achever, sans s'occuper d'elle, sa mélancolique destinée? En faveur de l'église rurale, de la petite église qui ne se prévaut ni de merveilles d'architecture, ni de souvenirs historiques, des voix généreuses, éloquentes, se sont fait entendre. «Ce ne sont pas seulement les belles églises que nous voulons sauver, a dit récemment à la Chambre des députés M. Maurice Barrés, ce sont encore les autres, celles qui n'ont pas de beauté.» Une loi tentera désormais de les protéger. Et bientôt, espère-t-on, dans toute la France, les églises les plus modestes, rajeunies, n'auront plus besoin de béquilles.

LES PETITS CAVALIERS DU BOIS

Récemment, nous montrions, restitué par un vivant dessin, l'un des tableaux familiers qui s'offrent quotidiennement le matin, au Bois: le salut du cavalier aux promeneuses des «Acacias», arrêtées au bord du sentier, le temps d'échanger, avec le parfait gentleman qui, du haut de sa monture, s'incline, de légers propos.

Voici d'autres visions coutumières, surprises, au hasard des rencontres, par le photographe en quête de gracieux instantanés: elles évoquent, non point l'heure élégante, à laquelle il est de bon ton d'apparaître, dans les allées consacrées par la Mode, mais l'heure familiale, qui est celle du bon sport et du salutaire exercice, l'heure des enfants. Ils viennent au Bois à cheval, comme de grandes personnes, sous la conduite de leur père, qui croit aux bienfaits de l'équitation, et leur en inculque les principes. Et c'est, pour eux, un plaisir qu'ils préfèrent sans doute à tous les jeux de leur âge, d'apprendre à manier le docile animal, approprié à leur petite taille, qui leur est confié, et de trotter librement, le nez au vent, dans la fraîcheur matinale. Garçons et fillettes--celles-ci montant en amazone ou enfourchant leur poney--ont déjà, en selle, jolie et souple allure: quelle meilleure école pour leur apprendre le sang-froid, l'adresse, et développer harmonieusement leurs jeunes forces?

Le lycée de jeunes filles de Gorna-Oréchovitza en ruines. Le gymnase de Tirnovo, où étaient soignés de nombreux blessés.

UN TREMBLEMENT DE TERRE DANS LES BALKANS

De brèves dépêches, qui ont passé un peu inaperçues, ont annoncé, voici trois semaines, qu'un tremblement de terre s'était produit en Bulgarie, et avait eu une légère répercussion jusqu'à Bucarest, à Salonique et à Temesvar, en Hongrie.