Du côté opposé, les contingents serbes sont répartis en deux groupes; l'un, en face de l'armée du général Dimitrief, est à Pirot; l'autre s'allonge sur le Vardar, d'Uskub jusqu'à hauteur du lac Doïran, à Guevgheli, où il se relie aux Hellènes.

L'armée serbe, à laquelle sont venues se joindre des unités monténégrines, d'ailleurs en petit nombre, se compose de 10 divisions, dont 5 actives et 5 de réserve, mais qui, toutes, sont en campagne depuis neuf mois; elle met ainsi en ligne presque 200.000 hommes.

Les divisions hellènes qui tiennent le bas Vardar, Salonique et s'étendent le long de la côte jusqu'à Kavala, sont au nombre de quatre, mais renforcées par des formations territoriales et des volontaires crétois. Le roi Constantin commande en personne ces 100.000 soldats.

En somme, les Bulgares ont aligné 235.000 hommes devant les 300.000 Serbo-Grecs; ils disposent encore d'une cinquantaine de mille combattants au moins en Thrace et à Choumla.

La partie serait donc égale, si la Roumanie ne jetait son épée dans la balance. Cette puissance dispose de cinq corps d'armée à deux divisions, dont l'effectif est à peu près l'équivalent de celui des armées bulgares. Mais l'armée roumaine n'est pas mobilisée et n'est pas aguerrie par une longue et pénible campagne, comme celles des nations balkaniques, dont chaque soldat est, un vétéran. Malgré son réseau ferré très développé, il lui faudra plusieurs jours pour faire passer ses unités sur le pied de guerre et les amener à la frontière.

Enfin, on ne peut oublier que les deux masses turques de Gallipoli et de Tchataldja n'ont pas encore été disloquées et n'ont besoin que d'un ordre pour déboucher en Thrace, après avoir franchi les lignes bulgares hier encore si formidables, mais aujourd'hui vides de défenseurs. Certes, la tentation est forte, car devant Constantinople, Izzet pacha a 150.000 soldats et Fakri pacha 60.000, à Boulaïr.

Ainsi se présentait, dans ses grandes lignes, la situation militaire dans la péninsule balkanique, lorsque s'est allumée la conflagration inattendue du 30 juin en Macédoine. Sur toute la ligne de démarcation serbo-bulgare, depuis Zletovo, par Istip, jusqu'à Doïran et Guevgheli, la poudre a parlé. Naturellement, chacun des partis reproche à l'autre de l'avoir attaqué et prétend le prouver: les Bulgares affirment, que les Serbes préméditaient de tourner leur droite pour la rejeter dans la montagne de Platchkovitza; les Serbes accusent leur adversaire d'avoir comploté une offensive à la Napoléon en quelque sorte, dirigée sur leur point de soudure avec les Grecs, à Guevgheli, pour séparer les deux alliés.

A l'extrémité de la frontière conventionnelle gréco-bulgare, mêmes récriminations au sujet! des engagements qui ont abouti à l'occupation du petit port d'Eleuthera par les troupes du général Ivanof.

Enfin, à Salonique, le faible bataillon bulgare, isolé au milieu de toute l'armée du roi Constantin, a refusé de se soumettre à un ultimatum de désarmement hellène. Divisé en plusieurs détachements séparés les uns des autres, il a résisté pendant deux heures à la fusillade et n'a capitulé que lorsque le canon eut démoli les maisons qui l'abritaient.

Ainsi, la guerre n'étant point déclarée, il y a eu, pendant trois jours, entre Bulgares, Serbes et Grecs, cinquante heures de bataille avec, de part et d'autre, des pertes très cruelles. Les opérations, d'ailleurs, continuent et il ne manque plus à l'état de guerre qu'une déclaration officielle.