Mlle Lili Boulanger.--Phot. H. Manuel.

L'Académie des beaux-arts, qui, l'an passé, avait réservé l'attribution du grand prix de Rome de composition musicale, a décerné, cette année, les deux hautes récompenses dont elle disposait: pour la première fois, une femme, Mlle Lili Boulanger, a recueilli, grâce à un concours exceptionnel, le laurier tant disputé.

Les candidats, au nombre de cinq, avaient à exercer leur jeune talent sur un épisode emprunté par M. Eugène Adenis, auteur d'un poétique livret, au second Faust de Goethe. Samedi dernier, l'audition de leurs cinq oeuvres était donnée, suivant l'usage, au jury académique: après une courte délibération, il accordait un premier grand prix à Mlle Lili Boulanger par 31 voix contre 5, un autre à M. Claude Delvincourt, par 29 voix contre 7, tandis que M. Marc Delmas remportait un premier second grand prix.

Mlle Juliette Boulanger, qui est une très gracieuse jeune fille de dix-neuf ans, appartient à une famille de musiciens: son père, compositeur excellent, à qui l'on doit un Don Quichotte joué à l'Opéra-Comique, et professeur de chant remarquable, lui a transmis des dons précieux, qu'elle partage avec sa soeur aînée, Mlle Nadia Boulanger, second grand prix de Rome en 1909. La suprême récompense qui avait été refusée à celle-ci, malgré d'éminentes qualités, sa cadette l'a obtenue, après seulement quelques années d'études et de préparation suivies: son succès ne pouvait être ni plus brillant ni plus prompt.

CE QU'IL FAUT VOIR

LE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

J'ai commis, sans m'en apercevoir, une injustice, il y a quinze jours. En disant «au revoir», pour un an, aux deux Salons de la Nationale et des Artistes français, j'en signalais deux autres qui venaient de nous ouvrir leurs portes, rue de Sèze et rue La Boétie. J'insistais sur l'attrait de curiosité qui s'attachait à la seconde de ces Expositions: l'exposition du futuriste Boccioni, peintre-sculpteur. J'y insistais narquoisement, sans doute; mais enfin j'y insistais! Et je ne faisais que mentionner l'autre: celle des «Petits Maîtres de l'École de 1830». Voilà bien l'injustice. Nous allons à ce qui amuse, à ce qui étonne, à ce qui scandalise un peu, au besoin. Nous allons (disons l'affreux mot juste!) à ce qui épate... Et volontiers nous négligeons les grâces discrètes du joli spectacle qui ne fait pas de bruit. C'est mal. Mais l'essentiel est de pouvoir se repentir à temps; et c'est pourquoi je vous supplie de courir chez ces «Petits Maîtres», et de ne les point quitter trop vite, vite.

Cette exposition est, en ce moment, un des plus délicieux ornements de Paris. J'y suis retourné l'autre matin; et il m'a paru que la saison était particulièrement propice au spectacle délicat qui nous y est offert. Le public élégant--mais un peu tumultueux--des vernissages a déjà fait ses malles, ou, tout au moins, ne songe plus qu'à se sauver vers la montagne, vers les plages, vers les «eaux» diverses qui le sollicitent; et sur les cimaises, doucement éclairées, du Salon où règne un silence de chapelle, les «Petits Maîtres» ont l'air de sourire au visiteur et de le remercier: «C'est gentil à vous d'être venu...»

Arsène Alexandre a appelé cette exposition «le Salon des Eclipsés». C'est vrai. Nous ne les connaissions pas, ces «Petits Maîtres»; ou nous ne les connaissions que très mai. De trop grandes gloires, de bruyantes célébrités nous les cachaient; ils avaient eu le malheur de venir chanter leur discrète chanson en même temps que des ténors considérables, dont les voix éclatantes eurent tôt fait de couvrir les leurs. La postérité les vengera-t-elle d'une si amère mésaventure? C'est bien possible. Il paraît qu'il ne sera plus permis, l'hiver prochain, d'ignorer les «Petits Maîtres» et que nous allons voir triompher, dans les ventes, ces signatures d' «éclipsés»: Baron Berchère, Brissot de Carville, Cabat, Chavet, Cicéri, Couder. Karl Daubigny fils, Defaux, Dédreux, Victor Dupré, Fauvelet. Fichel. Flers, Guillemin, Héreau, Hervier, Joyant. Lambinet (qui a quarante paysages exposés!), Lavieille. Le Poittevin, le Roux, Longuet. Jules Noël, Ouvrié, Plassan, Roqueplan, Philippe-Rousseau, Rozier, Ville-vieille, et plus de trente autres encore! Leur catalogue, excellemment présenté par M. Roger Miles, ne comprend pas moins de trois cent cinquante ouvrages, dont beaucoup vous seront des révélations véritables. Allez voir cela.