C'est avec une profonde stupeur qu'à 9 heures du soir nous apprenons la dernière grande nouvelle de la journée: la démarche de M. Hadji Mischef, ministre de Bulgarie à Athènes, auprès du gouvernement hellénique. Il est venu, en effet, au nom de son gouvernement, protester énergiquement contre l'attaque injustifiable des troupes bulgares par les troupes grecques. Il a protesté d'autant plus énergiquement, que le cabinet de Sofia avait, d'après lui, des intentions plus pacifiques que jamais. M. Danef n'était-il pas déjà dans le train qui devait le conduire à Saint-Pétersbourg lorsqu'on vint lui annoncer l'incroyable nouvelle!
Quel travestissement des faits!
...A minuit, à Kephistia, la résidence d'été de tous les Athéniens qui préfèrent la campagne à la mer. Avec M. Vassilopoulos, directeur de la Banque d'Orient, qui nous donne chez lui la plus charmante des hospitalités, nous allons voir à l'hôtel M. Kyros, le directeur du journal Hestia, organe du gouvernement. Le téléphone lui aura sans doute apporté quelque nouvelle intéressante.
M, Kyros est naturellement très entouré, car tout le monde est anxieux.
On se demande surtout ce qu'il a dû advenir dans la journée des 1.200 ou 1.300 soldats bulgares qui se trouvaient dans Salonique. Certains prétendent qu'on leur a donné vingt-quatre heures pour quitter la ville.
Une sonnerie de téléphone. On se précipite. M. Kyros a pris les récepteurs. Autour de lui on se groupe en silence.
«... Oui... oui... bien... fait M. Kyros... Alors on ne les a pas laissés partir?... Très bien...»
Maintenant il annonce les nouvelles:
Le roi est parti à 5 heures poux Salonique.
Le général Hessaptchief, attaché militaire représentant le gouvernement bulgare au quartier général grec, est parti dans l'après-midi. Il avait expédié ses bagages dès hier. Dans une lettre au commandant de la place, le général Kalaris, il a expliqué qu'il quittait Salonique parce que son gouvernement lui avait accordé un congé pour Sofia!