» A la même heure, notre division de gauche débouchant de Kara-Tas sur Stroms et Kalnista, repoussait la droite de la 7e division bulgare ainsi que la brigade de la 4e division qui l'appuyait. Plus au sud, les côtes 550, 650 tombaient entre nos mains. De toutes parts, les Bulgares refoulés se voyaient contraints de repasser la Zletovska et la Bregalnitza, poursuivis par les nôtres, qui cependant, en aucun point, ne réussirent à franchir ces rivières.

» Après la prise du Drenek, il devenait de toute nécessité de poursuivre sans tarder l'avantage obtenu et d'attaquer les hauteurs de Raïtchani entre la Zletovska et la Bregalnitza, hauteurs que les Bulgares avaient hérissées de fortifications. Mais il était difficile de commencer cette attaque immédiatement, alors que Rectki-Bouki n'était pas encore repris par notre gauche et tant que nos éléments de droite de la Ire armée n'étaient pas reformés, reconstitués, ni ravitaillés en munitions. Aussi l'attaque ne commença-t-elle que le 3 juillet au matin, lorsque la nouvelle de la prise de Rectki-Bouki eut été confirmée dans la soirée du 2.

» Un régiment reçut comme objectif la hauteur du télégraphe et Spantchevo; deux autres, les pentes de Sokolartzi. La division de gauche formée également en deux colonnes attaqua Raïtchani et Rudare Tursko. Mais nous eûmes de grosses difficultés causées non seulement par les obstacles du terrain, mais aussi par le feu de l'ennemi, très bien posté dans des retranchements depuis longtemps préparés. Le soir du 3 juillet, notre ligne de tirailleurs la plus avancée était encore à plus de 700 mètres des tranchées bulgares. La progression avait été pénible bien que toute notre artillerie de campagne en batterie sur les pentes du Drenek, renforcée de pièces lourdes de 120mm, ait paru obtenir d'importants résultats et prendre la supériorité du feu sur celle des Bulgares. L'on pouvait s'attendre à une contre-attaque pendant la nuit, surtout en songeant au goût de l'ennemi pour ce genre d'opérations. Mais rien ne vint, et, le lendemain au petit jour, lorsque nous reprîmes la marche en avant, l'ennemi visiblement épuisé, menacé sur sa droite par un régiment devenu disponible après la prise de Rectki-Bouki, commença de fléchir, battant en retraite dans la direction de Kotchana.

» La division de cavalerie du prince Arsène, avait pour mission d'appuyer au sud l'attaque de la Ire armée, maintenant la liaison avec la IIIe armée dont l'effort s'exerçait sur Istip. S'apercevant de notre succès, elle essaya de franchir la Bregalnitza à hauteur de Krupichte, mais elle ne put y parvenir. Alors, tandis qu'une de ses brigades continuait un combat à pied le long de la rivière, l'autre brigade fut ramenée vers Raïtchani pour prendre part à la poursuite vers l'est.

» Cependant, les Bulgares battaient en retraite en assez bon ordre, bien couverts par une forte arrière-garde d'un régiment d'infanterie, d'un groupe d'artillerie et d'un régiment de cavalerie à hauteur des villages de Koutchitchino et de Bouzitchevo; cette arrière-garde fit front pendant toute la journée du 4 et réussit à ralentir considérablement notre poursuite.

» Pendant ce temps, la IIIe armée avait tenté, elle aussi, de se porter en avant pendant ces deux journées du 3 et du 4 juillet. Mais il lui avait été impossible de déboucher sur la Bregalnitza. Bien plus même, sa division d'extrême droite attaquée furieusement par les Bulgares avait été rejetée des hauteurs d'Ortabajir sur le Vardar et l'ennemi réussissait à pénétrer dans Krivolak sans parvenir toutefois à passer sur la rive droite du fleuve.

» Tout l'intérêt de la bataille se portait donc à ce moment à notre aile droite où il devenait absolument nécessaire d'assurer le succès de la marche en avant de la IIIe armée. Une brigade hâtivement ramenée de Prilep vint soutenir notre division d'extrême droite et, concurremment avec elle, reprit l'offensive dans la direction de Krivolak. Enfin, le 5 juillet, la Ire armée ayant réussi à mettre la main sur Kotchana, puis, le lendemain 6, à établir ses avant-gardes sur les crêtes de Cera et de Betsikovo, le prince Alexandre décida de distraire une de ses divisions et de l'envoyer vers le sud appuyer, dans la direction d'Istip, l'attaque générale de la IIIe armée.

Entrevue, le 16 juillet, à Uskub, des chefs des
deux gouvernements serbe et grec: MM.
Pachitch et Venizelos.
--Phot. Marianovitch.

» Cette attaque commença le 7 juillet, où l'une des divisions du centre de la IIIe armée enlevait les villages de Toplik et d'Enech Oba, puis, conversant au nord, poussait dans la direction de Dragovo. Le même jour, la brigade venue de Prilep entrait dans Krivolak après une suite d'assauts acharnés où le village fut pris et repris deux fois. Elle y trouvait nos blessés abandonnés lors de l'évacuation du village, massacrés, quelques-uns odieusement mutilés, quelques-uns même crucifiés, autant de crimes témoignant que, chez ceux que l'on nomme nos frères slaves, le vieux sang tartare n'est pas mort.