Nous arrivons à la batterie postée légèrement en arrière de la crête. Les quatre pièces sont là, mais, à notre grande surprise, au lieu de rester dans les encastrements construits avec soin pour elles et où demeurent encore leurs caissons, elles ont été poussées en crête, à peine au défilement de l'homme debout. La raison nous en est bientôt donnée par le très distingué commandant de la batterie. Imperturbable, pendant que quelques balles bulgares passent en sifflant autour de nous, il nous explique les phases du combat qui se termine. Zedilovo forme en avant du confluent de la Kriva et de la Kiselitza une espèce de coin qui s'enfonce entre les deux lignes des armées adverses. Sa possession est d'assez grosse importance, car elle permet à celui qui le tient d'assurer sur les flancs de la position ennemie une convergence de feu en concordance avec les éléments moins avancés de la ligne. La carte parle d'elle-même aux yeux. En résumé, cette hauteur jouit de tous les avantages et de tous les inconvénients d'un saillant.

Combat de Zedilovo (19 juillet). La croix près de la côte 1142
indique le point de stationnement du correspondant de
L'Illustration.

Shrapnell bulgare éclatant au-dessus d'une
tranchée serbe, à Deve-Bajir.
--Phot. A. de
Penennrun.

Avant-hier, 17, les Bulgares en étaient encore maîtres, quand, par une attaque brusquée, les Serbes, profitant du défilement que donnent les nombreux angles morts d'un pays aussi découpé, se jetèrent sur les avant-postes bulgares au moment d'une relève et les repoussèrent sur la ligne frontière qui constitue leur position principale de défense. Immédiatement, de l'artillerie fut amenée sur Zedilovo, avec la plus grosse peine, il est vrai, mais, dès le 18, elle se trouvait en mesure d'ouvrir le feu et de gêner considérablement les éléments avancés de l'ennemi. Celui-ci ne se tint pas pour battu, et, cette nuit, à 3 h. 1/2 du matin, il dirigea une attaque sur Zedilovo, attaque prononcée par un régiment entier à 4 bataillons, appuyé par 3 batteries de campagne et une batterie d'obusiers en position sur les crêtes de Sivri-Tépé. On nous les montre d'ailleurs, et à la jumelle je distingue notamment très bien l'une d'elles, dont les quatre pièces se silhouettent sur le revers d'une pente descendant vers le Karakol de Deve-Bajir.

Funérailles du lieutenant serbe Marinkovitch, du 9e d'infanterie, qui eut la tête broyée par un obus au combat de Zedilovo (19 juillet). Le couvercle du cercueil est porté derrière le corps, qui reste découvert pendant la cérémonie.--Phot. A. de Penennrun.

L'infanterie bulgare attaqua en deux colonnes, fortes de deux bataillons chacune, l'une venant directement de Sivri-Tépé, l'autre de Deve-Bajir et de la maison douanière qui, à la frontière bulgare, se trouve au haut du col que gravit la route d'Egri-Palanka à Kustendil.

Le terrain se prête merveilleusement à une action défensive, un véritable glacis en pente douce montant vers les tranchées serbes. Parvenus à 500 ou 600 mètres, les fantassins bulgares furent accueillis par un feu violent d'infanterie. C'est à ce moment que le commandant de la batterie, qui nous raconte tout ceci, fit pousser à bras ses pièces sur la crête où elles sont encore et fit ouvrir le feu en fauchant (1) sur la ligne de tirailleurs ennemis. L'effet fut décisif: les Bulgares s'arrêtèrent, puis refluèrent à quelque 300 ou 400 mètres plus en arrière, sur une crête intermédiaire où nous apercevons maintenant leurs tranchées.