«Zito!» Encore une fois, l'œil, le grand œil lumineux de l'armée s'est ouvert: «La 2e division a pris 12 canons, fait 460 prisonniers dont 17 officiers!»

Quelques silhouettes de soldats se détachent dans l'ombre. Ils lavent leurs pieds dans l'eau du lac... «Je lave mes pieds pour l'entrée à Sofia!--On dirait que tu vas entrer dans un sanctuaire. Moi, pour l'entrée à Sofia, je mangerai de l'ail, du piment, je boirai beaucoup d'alcool...--Veux-tu te taire? De l'alcool pour un soldat grec!--Qu'est-ce que tu veux, mon vieux? Moi j'ai le sens de l'harmonie: je rentre propre chez les propres, sale chez les sales.» ... Et puis, plus rien. Tout le monde dort: roi, princes, officiers, soldats, égaux dans le sommeil comme dans les joies qu'ils viennent d'éprouver.

L'esprit du soldat grec

Gare de Doïran, samedi 12 juillet 1913.

Tous les jours nous rayonnons un peu partout pourvoir l'armée qui avance.

Le paysage est joli. Nous rencontrons des troupeaux entiers de bœufs, de moutons, de chèvres. Dès qu'ils sentent l'auto, ils chargent. Les soldats bergers rient de tout cœur. Nous avons atteint un col. Maintenant, la route descend en cascade rouge jaune, et le soleil donne dessus comme pour éclairer une belle chose. Une ligne indéfinie de chevaux d'artillerie, de mulets: c'est l'artillerie qui marche bon pas; des caisses de cartouches; des ambulances; comme c'est joli! Notre auto rejoint la ligne mouvante. Les hommes chantent...

Un pont détruit. Le génie, en six heures, a établi dans le ravin une route provisoire. La descente en est raide et la montée plus encore. Des hommes accourent pour aider les chevaux, les bœufs: «Hui! hé! en avant, s'ti Sofia! (à Sofia!)» Et quand l'escalade a réussi, que le canon est en haut de la pente, ils le regardent, comme des amoureux. Ah! il est là «leur canon!» Ils lui parlent comme à un être humain: «Combien as-tu mangé de Bulgares, trésor? Beaucoup, hein?--Ah! t'es un bon zig!--Va vers Sofia.--Au revoir! à Sofia!»

Notre auto est une forte et belle machine. Elle prend plusieurs fois son élan, ronfle, tempête, essaye de gravir la pente, roule impuissante en arrière. Les soldats rient: «Attends, ma cocotte, suffit pas d'avoir la rage des Puissances pour surmonter les obstacles. Tu vois, tu roules en arrière comme elles. Il te faut des Grecs pour te remonter, comme il faut des Grecs pour secouer la Mère (l'Europe)»...

Dix, vingt hommes s'y mettent. Ils s'emparent de la puissante auto. Ils l'enlèvent littéralement avec nous dedans. Nous voilà en haut. Comme je les félicite: «Nous sommes du génie, madame, et le génie triomphe de la matière! --Bravo! Kala ta lei (il parle bien)» Ses camarades sont contents de lui!... Leur officier les contemple. Son regard est humide d'affection, de tendresse, aussi d'admiration pour «ses enfants».

--Ils n'ont pas dormi depuis deux jours, mes gaillards, madame. Ils marchent, ils réparent les ponts, font des routes et, s'ils rencontrent l'ennemi, ils livrent bataille. Hier, nous avons fait prisonnière une compagnie. Elle était là, sur la colline, en face. Nous avons commencé la fusillade; ils ont levé le drapeau blanc. Ils iront rejoindre les Bulgares qui font le siège... d'Athènes...