L'armée serbe, victorieuse au commencement du mois sur la Bregalnitza, aurait dû, à ce moment, sans perdre de temps, sans tenir compte de contingences plus ou moins embarrassantes, converser rapidement vers le nord et violemment, durement, se jeter à l'attaque des gros bulgares barrant la route de Sofia. Nulle considération de temps n'aurait dû intervenir, car ici le temps travaillait tout aussi bien pour ou contre elle que pour ou contre les Bulgares.

Cette vérité, peu nouvelle dans l'art de la guerre, qu'il faut aller vite, n'a pas été observée; elle ne le sera pas demain non plus. Les batteries au milieu desquelles je me trouvais aujourd'hui auraient dû, dès ce soir, maintenant que les gros d'infanterie se voyaient en mesure d'atteindre les crêtes au delà de la Dubrovnitza, s'y porter immédiatement elles aussi. Et, sans désemparer, sans perdre une seconde, l'attaque des crêtes frontières aurait dû commencer! Au lieu de cela, c'est l'arrêt, la suspension très nette de tout mouvement ultérieur offensif, presque le retrait des troupes victorieuses sur leurs précédentes positions... Ou ne veut pas se battre... La bataille d'Egri-Palanka, commencée depuis trois jours, se termine en point d'orgue!

22 juillet.

Le calme le plus absolu, le silence le plus profond, règnent aujourd'hui sur les hauteurs que dorent les rayons soudainement devenus très ardents du soleil de juillet.

Partis de bonne heure, nous atteignons, au-dessus de Kosara, la ligne de faîte qui, formant saillant en cet endroit, face à la direction de la route de Kustendil, est occupée fortement. Un ouvrage de campagne à profil renforcé, entouré d'un épais réseau de fils de fer barbelés, occupe le point principal'de la position. A gauche, s'étagent deux batteries de 75; à droite, une autre batterie de campagne est placée légèrement en arrière de la crête. Elle est prolongée par une batterie mixte composée d'une pièce longue de siège du calibre de 120mm et de trois obusiers de 120mm à tir rapide, système Schneider. L'infanterie est bivouaquée en arrière.

Section d'infanterie à l'abri sur la ligne du feu (combat du 21 juillet):
un soldat blessé passe devant ses camarades qui attendent l'ordre de se porter en avant.

--Phot Reginaid Kann.

Le commandant du groupe de campagne qui occupe la crête, le major d'artillerie Lazarewitch, nous fait les honneurs du réduit où se trouve installé son poste d'observation. Aussi loin que la vue peut s'étendre, rien ne bouge, rien ne se meut, c'est l'immobilité complète, comme si, tacitement, une trêve était intervenue entre les deux adversaires. Seuls dans le lointain, tout à fait dans le nord, de sourds grondements se font entendre. Ils viennent de la direction de Golech et, en observant avec attention les pentes lointaines du Golemi-Vrh, nos jumelles nous permettent d'apercevoir les points d'éclatement des shrapnells.

Combats autour d'Egri-Palanka (19, 20 et 21 juillet).
Le chemin tracé en pointillé a été aménagé par les sapeurs du génie serbe.
Les signes