M. Camille Chevillard.--Phot Gerschel.

Il prit d'abord la direction de la Grande Revue, où il succédait à l'éminent avocat Fernand Labori. Puis il se laissa attirer par le théâtre, qui partageait de longtemps avec la peinture et la littérature ses prédilections. Une petite «scène de quartier», le théâtre des Batignolles, débaptisé et nommé moins prosaïquement théâtre des Arts, lui suffit pour se révéler artiste de goût délicat, directeur entreprenant et fort avisé. S'attachant tour à tour à monter des pièces de haute tenue littéraire, de véritables curiosités, présentées dans des décors originaux, ou à restituer avec leur caractère archaïque, en des cadres savamment apprêtés, des ouvres musicales classiques de Mozart, de Lulli, de Rameau, il apprenait là, avec le plus complet succès, le métier auquel désormais il va se consacrer en toute expérience. De sa part, on peut s'attendre, à l'Académie nationale, aux plus heureuses révélations. Dilettante au meilleur sens du mot, il a, vient-il de déclarer, pour première ambition de «restaurer l'art français».

M. Paul Vidal.--Phot. Bert.

Il a ambitionné d'être seul à diriger la grande scène. Ce n'est pas vulgaire besoin d'autorité. Et son premier soin a été de s'assurer une collaboration de premier ordre, celle de M. Camille Chevillard, avec le titre de chef des études musicales et, donc, la succession de M. André Messager qui, dans la direction actuelle, assumait jusqu'ici ces fonctions.

Le gendre et le digne continuateur de Charles Lamoureux sera à M. Rouché le plus précieux des collaborateurs. Il est superflu de rappeler ses titres à l'estime et à la sympathie des amateurs de musique. Fils d'un violoncelliste célèbre, M. Camille Chevillard a consacré au plus subtil des arts sa carrière entière. Lamoureux, dans ses efforts persévérants pour révéler à la France l'oeuvre de Wagner, n'eût pu rêver de second plus fidèle ni plus zélé. Depuis qu'il a succédé, en 1897, à son beau-père à la tête de l'admirable phalange d'exécutants groupés par celui-ci, il n'a pas fait jouer, dans ses concerts, moins de deux cents ouvres françaises. Et le pur musicien qu'est M. André Messager aura un remplaçant digne de lui.

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Dans le même moment où M. Jacques Rouché faisait cet excellent choix, MM. P.-B. Gheusi et Isola étaient non moins heureux en appelant à l'Opéra-Comique, aux mêmes fonctions de directeur musical, M. Paul Vidal, l'élégant et spirituel auteur de la Reine Fiammette, de la Maladetta, de Guernica,--et, auparavant, de ces quatre exquises partitions qui firent autrefois nos délices, au théâtre de marionnettes de la galerie Vivienne. Et l'ancien chef d'orchestre de l'Opéra a de bonne grâce accepté de leur apporter l'appoint de sa science musicale irréprochable, de son grand talent, de sa connaissance approfondie des chefs-d'oeuvre de l'art musical. Il ne faut donc point douter qu'on ne continue à faire, rue Favart, de très parfaite besogne.