Le palais d'Euxinograd, sur la mer Noire, où séjourne la reine de Bulgarie. La côte de la mer Noire entre Varna et Bourgas: aucune plage pour atterrir.

Phot. Roux.

«...Très amusant: deux monoplans nous conduisent à la frontière. Partis avant nous, ils montent et descendent devant le nôtre et nous indiquent la route... 11 h. 25: nous avons dépassé les deux Blériot, moins rapides... 11 h. 30: un Blériot pique au plus court et nous rattrape; il est en plein dans le prolongement de notre aile droite et paraît immobile... Voici Roustchouk et les nombreux méandres du Danube qui annoncent la frontière bulgare; le pilote--le capitaine Capsa--qui vole à 50 mètres de nous, nous dit adieu de la main, et fait demi-tour.»

Ne se croirait-on pas tout bonnement sur la grand'route?

«Accueil également chaleureux à Varna. Au départ, Mme Duchesne, femme du consul de France, et Mme Stancioff, femme du ministre de Bulgarie à Paris, viennent nous souhaiter bon voyage. Nous allons jeter un bouquet aux couleurs bulgares au-dessus du palais d'Euxinograd où se trouve la reine de Bulgarie. Nous volons à 2 kilomètres de la côte, très boisée, qui ne présente aucun terrain d'atterrissage. Je me demande ce que Daucourt choisirait en cas de panne, le bain ou la dégringolade dans les arbres.

» A 11 h. 1/2, nous passons sur le cap Eminé. Le vent descendant de la montagne nous empêche de monter et malgré nos efforts nous rejette constamment vers le large... Nous sommes à 800 mètres au-dessus des forêts qui bordent la mer Noire. L'énigme de l'atterrissage... Je ne pense qu'au moteur, mais j'ai confiance en lui.

L'aviateur Daucourt félicité par Mme Bompard, femme de
l'ambassadeur de France à Constantinople.

--Phot. Ferid Ibrahim.

» A 5 heures, nous atterrissons à Podima, il fait presque nuit. Impossible de nous faire comprendre; on nous croit Bulgares... La tempête augmente et nous couchons sous l'appareil... Le lendemain, un maître d'école grec finit par nous comprendre et dit aux paysans que nous sommes Français. L'accueil change et l'on nous donne tout ce dont nous avons besoin. Nous faisons amarrer solidement l'appareil que le vent soulève de terre par instants; nous le laissons sous la garde des gendarmes et nous allons nous reposer... Dans l'après-midi, nous envoyons un paysan à cheval porter une dépêche à 50 kilomètres pour prier l'ambassadeur de France de rassurer nos amis... La pluie commence à tomber, et nous espérons que le vent cessera demain; nous atteindrons alors Constantinople en cinquante minutes.»