Ainsi, le voyageur qui, aujourd'hui, descend de son auto à Oudjda ne peut se faire une idée de ce qu'était ce cloaque avant l'arrivée des Français. Sans lui ôter l'essentiel de son cachet original, on a percé des rues, ouvert des places, tracé des jardins et des squares, restauré les mosquées comme les vieux remparts, bâti un quartier européen à côté de la ville arabe, assaini, aménagé ce chaos de ruelles et de masures qui constituaient la sordide agglomération d'antan. Le «camp», avec ses hangars d'aviation, ses logements d'officiers, ses casernements, ses parcs d'artillerie et du génie, les garages des auto-mitrailleuses, s'est perché sur un petit mamelon qui domine la ville. Il a fort bonne mine, des allures à la fois simples et confortables, un air de propreté et de prospérité qui réjouissent l'oeil. Des jardins font une ceinture verdoyante à l'oasis régénérée, et il n'est pas un seul coin de la plaine qui ne semble rajeuni et prospère.

Ce qu'ont réalisé là, en si peu de temps, le général Lyautey et ses collaborateurs donne une idée de ce que deviendra, en très peu d'années, le Maroc tout entier, sous l'impulsion que vont lui donner tant de forces bienfaisantes et généreuses mises avec ardeur au service de son relèvement.

Fez: intérieur dans la ville arabe.

A 4 kilomètres d'Oudjda, la petite palmeraie de Sidi Yaya, que féconde et vivifie la belle source d'eau chaude du même nom, est le lieu de promenade préféré des officiers d'Oudjda. A l'aube, cavaliers et amazones s'y donnent rendez-vous, et c'est précisément l'heure choisie par les officiers aviateurs pour faire l'«exercice» dans les airs. Quelle sensation étrange l'on ressent à la vue de ces grands «oiseaux de France» qui viennent ici évoluer au-dessus des palmiers au grand ébahissement, au grand effroi même, des chameaux et de leurs conducteurs!... Et c'est là, dans le ciel bleu, un éloquent symbole de la marche rapide du progrès, dont les manifestations sont, en ce plein désert africain, plus sensibles qu'ailleurs,--par contraste.

Cette marche rapide, vertigineuse, du progrès moderne, dans des pays immobiles depuis des millénaires, effraie les uns, navre les autres, mais entraîne tout et tous dans son irrésistible tourbillon.
Gervais-Courtellemont.

Photographies en couleurs de l'auteur.

Oudjda: la source de Sidi Yaya.