Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population qui y est intéressée:

Viticulteurs 1.600.000
Cidriers 1.075.000
Marchands en gros ou entrepositaires 34.000
Distillateurs de profession 16.000
Distillateurs ambulants 18.000
Débitants au détail 480.000
Assujettis divers 115.000
Bouilleurs de cru 1.300.000
Personnel employé par les marchands de gros
et distillateurs. 300.000
Personnes salariées par les récoltants 500.000
Tonneliers, verriers, bouchon etc... 400.000

Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport, camionneurs, etc.

Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs tirent profit de l'alcool.

Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.

LE GÉNÉRAL VITTORIANO HUERTA

(Voir notre gravure de première page.)

La figure--désormais historique--du général et président actuel du Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du territoire mexicain, par les insurgés.

Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M. Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie; l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté. D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui, et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta. Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des forces militaires importantes.

Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en 1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.