En échange, il demandait qu'on voulût bien lui permettre d'exposer pendant quelques jours, à Florence, puis à Rome, le tableau providentiellement retrouvé.

La souriante effigie avait été déposée d'abord, comme en un sanctuaire, joyau parmi tant de joyaux, dans la salle des Gemmes, aux Offices. Ce fut là, dans une blonde et douce lumière, que M. Corrado Ricci, directeur général des Antiquités et des Beaux-Arts d'Italie, le peintre Cavenaghi, dont les mains pieuses restaurèrent la Cène à Milan, et qui est renommé par sa parfaite connaissance de l'oeuvre du Vinci, et M. Poggi, achevèrent de l'identifier. Pour l'ostension--on peut bien employer ce mot en faveur d'une oeuvre quasi divine--elle fut transportée, avec quelles infinies précautions! dans une des salles où sont groupés les portraits, par eux-mêmes, des peintres de toutes les écoles, les Autoritratti, dans la salle des peintres italiens. Une foule immense, au dehors, attendait déjà d'être admise à défiler, par groupes, devant l'adorable image.

La Joconde, parée d'un cadre ancien, fut disposée sur un chevalet drapé de velours grenat. Une barrière improvisée, formée de lourdes banquettes sculptées, fut disposée en avant, pour la défendre contre d'irrespectueux contacts. Des policiers veillèrent alentour, mêlés aux gardiens. Le public impatient fut enfin introduit, et, dans la seule journée de dimanche, plus de 30.000 personnes purent contempler l'énigmatique regard des yeux bruns, le divin sourire des lèvres décolorées de Monna Lisa.

Déjà le prestigieux portrait est en route vers nous, en prenant le chemin de Rome. Remise, non sans solennité à M. Barrère, elle sera confiée par lui au gouvernement italien qui la fera exposer pendant cinq jours à l'admiration des Romains. Après quoi, dans une huitaine, une quinzaine au plus, ce sera notre tour de revoir la belle exilée. G. B.

Voir aux pages 512-513 LE VOLEUR DE LA «JOCONDE» ET L'ANTHROPOMÉTRIE.

PROJET POUR LE RETOUR DE MONNA LISA par Henriot.