«Je tiens, ajouta M. Barrère, au moment où vous me remettez la Joconde et où je l'emporte au palais Farnèse, à vous dire combien je suis touché que ce soit à l'Italie que revienne le privilège de la restituer à la France.»
On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement français, qui est signé par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrère, et par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme témoins.
C'est fait: la Joconde est redevenue française. M. Ricci la replace avec une délicatesse toute paternelle dans la boîte de noyer, puis, s'approchant de M. Ollé-Laprune, lui dit en souriant: «Veuillez constater que c'est bien la Joconde que j'enferme dans cette boîte.» M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à déclarer reconnaître que c'est le chef-d'oeuvre de Léonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur la place où les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur.
Quelques minutes après, Monna Lisa entre au palais Farnèse et prend place dans la galerie des Carrache. La première visite qu'elle y reçoit est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant près d'une heure, s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invitées. Vers 3 heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalités de la colonie française et les notabilités romaines remplissent les salons de l'ambassade d'un public d'élite, heureux de pouvoir contempler la belle oeuvre du grand maître florentin.
Demain, la Joconde restera au palais Farnèse; de mardi à samedi, elle sera exposée à la galerie Borghèse, puis, dimanche prochain, probablement, elle partira pour Milan, d'où elle rentrera directement à Paris.
ROBERT VAUCHER.
DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE
CLICHÉ BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSÉE DU LOUVRE, AVANT LE VOL
Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la peinture et la trace d'une fente dans le panneau.