CLICHÉ A. BROGI, EXÉCUTÉ AUX OFFICES, A FLORENCE, LE 17 DÉCEMBRE 1913
Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la peinture et la trace d'une fente dans le panneau.
Le général Liman von Sanders et les officiers allemands sortant de la Sublime-Porte.
LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE
Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux, d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs! C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui, en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.
Général L. von Sanders.
La mission militaire allemande à Constantinople.
Photographies Ferid Ibrahim.
L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13 décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette déclaration et la discussion reste ouverte.
... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane assistaient au Selamlik.