CE QU'IL FAUT VOIR
PLAISIRS DE PROVINCE Le lecteur voudra-t-il permettre au Parisien en vacances et qui, dans quelques jours, aura repris ses habitudes parisiennes, d'ouvrir une parenthèse sur cette question? Je vous parlais, la semaine dernière, d'un concours hippique de province auquel j'eus l'impression que le pittoresque de l'organisation, la beauté unique du décor, l'amusante composition de l'assistance, apportaient un attrait spécial, et que notre concours hippique du Grand Palais n'a pas. Et je pensais, à ce propos:«De quoi se plaignent-ils?» Je viens, poursuivant ma promenade, d'éprouver la même impression, et devant des chevaux encore: au Cirque! Voilà pas mal d'années déjà que les forains ont transformé les conditions de leur industrie, et nous en faisons continuellement, hélas! l'expérience à Paris où, sur la ceinture de nos boulevards extérieurs, sévit d'un bout de l'année à l'autre l'affolant tapage des exercices, des commerces, des jeux forains. Certains de ces patrons forains sont, par l'importance de leur entreprise, le luxe du matériel, le perfectionnement de l'outillage, des commerçants véritables, et de«gros commerçants», même! Un manège, des montagnes russes, une exhibition de bêtes fauves, organisés au bruit des orchestres mécaniques, dans l'éblouissement d'un éclairage savant que le forain produit et dirige lui-même—ce sont des capitaux en mouvement; c'est de la richesse qui circule—et bruyamment! Mais aucune entreprise, peut-être, ne donne une démonstration plus saisissante et plus amusante à la fois de la façon dont cette industrie du spectacle nomade et forain s'est transformée que le cirque d'où je sors. Le cirque Palisse n'est pas beaucoup moins vaste que notre Nouveau-Cirque de la rue Saint-Honoré. Mais il a, comme toute construction foraine, cette originalité d'être une maison en bois, démontable et déplaçable à volonté et dont tous les morceaux s'ajustent cependant les uns aux autres avec assez de précision pour que, sous sa coupole, les exercices aériens les plus difficiles puissent être entrepris sans péril ni pour«l'artiste», ni pour le spectateur. La maison est solide, et la sécurité y est aussi parfaite que si la pierre et le fer seuls avaient servi à la construire. Et ce qui est amusant surtout, c'est l'exactitude avec laquelle elle reproduit le cirque des grandes villes... Ces gens sont là, campés sur un terrain vague, pour un mois, et il semble que leur installation y date de plusieurs années, et soit destinée à nous survivre... Des lustres électriques emplissent le hall d'une clarté joyeuse: du haut d'une spacieuse loggia, un orchestre, dont le chef porte le frac et la cravate blanche, verse sur nous les valses françaises et les tangos américains les plus entraînants. Les gens de service ont la livrée; les écuyers sont de tenue impeccable, les gants blancs accrochés, comme il convient, à l'échancrure de l'habit boutonné; et voici les clowns chéris de la foule, Ilès et Antonio, Dario et Cératto, dont les «entrées comiques» viennent répandre de la joie et du fou rire parmi les numéros sensationnels, où sont successivement acclamés l'équilibriste, l'écuyère, l'acrobate et le jongleur... Entr'acte. L'illusion se continue. La foule se répand dans les couloirs, va visiter les écuries, ou bien s'assoit aux tables d'une buvette confortable, où des tziganes lui donnent la sérénade, cependant que l'orchestre se repose... C'est Paris retrouvé en province, avec, en plus, l'attrait de la surprise et de la difficulté vaincue! Paris! Je le retrouve à chaque pas, dans cette ville où je me promène et qui n'est pourtant pas une des plus considérables de France. N'est-ce pas d'abord au Cirque même que je l'ai rencontré tout à l'heure? Dario, Cératto ne sont point des forains, que je sache; ils arrivent de Montmartre en droite ligne. Après avoir fait, pendant l'hiver, les délices des habitués du cirque Médrano, les deux joyeux clowns mettent leurs vacances à profit, et «font» la province. En même temps qu'eux nous avons eu, au Théâtre municipal, d'autres étoiles parisiennes à applaudir. Les «tournées» succèdent aux tournées et c'est Paris qui se déplace pour donner du plaisir aux départements. Du plaisir à domicile, pourrait-on dire. Dans une cité de trente ou quarante mille âmes où les affiches annoncent la prochaine visite de Gémier, et de sa troupe, le bourgeois et sa famille ont, en effet, beaucoup moins de chemin à faire pour se rendre au théâtre que le Parisien qui, habitant Auteuil ou les environs du parc Monceau, veut aller applaudir M. Gémier boulevard de Strasbourg. Les «tournées» théâtrales ne sont plus les seules récréations qui donnent au provincial d'à présent l'illusion de Paris rapproché et retrouvé. De spacieux et élégants cinémas font défiler devant lui, en toutes saisons, les films dont nous nous amusons. Et ces spectacles-là, il n'a même pas à attendre que la primeur en ait été donnée au «boulevard»; il les connaît et en jouit en même temps que nous,—comme il connaît en même temps que nous les nouvelles, que le téléphone apporte à son journal! Il connaît également comme nous l'agrément de consommer... en musique une boisson fraîche à la terrasse d'un café. Sur la place principale de la ville un établissement, luxueusement aménagé, reçoit chaque soir la visite d'un orchestre excellent qui retient là les flâneurs jusqu'à une heure assez avancée. Parmi ces flâneurs, il y a des femmes. Je les regarde: rien ne distingue leur tenue de la tenue des femmes de Paris; j'entends de celles qui suivent la mode... sans courir, au pas simplement accéléré, et en personnes raisonnables. Aussi bien pourquoi ignoreraient-elles la mode? Pourquoi ne se donneraient-elles pas, elles aussi, l'agrément (puisque enfin, c'en est un!) d'en subir les prescriptions tantôt ridicules, tantôt charmantes? Est-ce qu'elles ne sont pas renseignées? Les catalogues des grands magasins leur arrivent, comme à nous. Le journal illustré les documente, semaine par semaine, de la plus copieuse et pittoresque façon; et les «rapides» ont mis la province à une si petite distance de la capitale qu'à cent ou deux cents kilomètres de Paris on voit couramment des dames de province, qui ne sont point milliardaires, prendre le train pour y venir essayer une robe ou choisir un chapeau. Tout cela est excellent. Nos départements de France sont de délicieuses petites patries qu'il importe de rendre à ceux qui les habitent de plus en plus agréables à habiter. Il est de plus en plus nécessaire de décongestionner Paris, de retenir chez elles les élites de province. C'est l'intérêt du pays tout entier; et, à ce point de vue, l'on pourrait affirmer qu'un bon orchestre, une bonne troupe en tournée des clowns célèbres en représentation ne sont point des éléments de progrès négligeables. Aux grandes raisons qu'on devrait avoir d'aimer à rester chez soi, ils en ajoutent de petites, qui ont leur prix... UN PARISIEN. AGENDA (1er-8 août 1914) LES THÉÂTRES DE PLEIN AIR.—Au théâtre antique d'Orange, le 1er août: Rodogune, de Corneille, avec M. Mounet-Sully et les artistes de la Comédie-Française; le 2 août: les Phéniciennes, de M. Georges Rivollet; le 3 août: Orphée, de Gluck.—Au théâtre du Peuple, à Bussang (Vosges), le 9 août: représentation de Sakoun-tala, du poète hindou Kalidasa. CONCOURS HIPPIQUE.—Le concours hippique international de Spa aura lieu du 2 au 16 août. SPORTS.—Courses de chevaux: le 1er août, Deauville, Ostende; le 2, Caen, Vichy (grand prix). Compiègne (obstacles), Ostende (Derby); le 3, Caen, Ostende; le 4, Vichy, Caen; le 5, Deauville (prix de la plage fleurie, prix de Pont-l'Évêque); le 6, Lisieux, Boulogne-sur-Mer, Dinard, Ostende; le 7, Deauville (prix Hoc-quart), Boulogne-sur-Mer; le 8, Barnay, Boulogne-sur-Mer, Ostende.—Automobile: du 3 au 9 août, les six jours motocyclistes, concours international d'endurance, organisé par l'Union motocycliste de France.—Aviation: les 2, 3 et 4 août, à Hardelot-Plage, championnats de France et championnats internationaux d'aéroplanes.—Aviron: le 2 août, à Lyon, championnats de France.—Lawn-tennis: du 2 au 7 août, tournoi d'Étretat; le 3 août, tournoi de la Bourboule; les 6, 7 et 8 août, Vernet-les-Bains; du 1er au 17 août, Aix-les-Bains. DOCUMENTS et INFORMATIONS MAREY ET L'INVENTION DU CINÉMATOGRAPHE. On a beaucoup discuté, ces derniers temps, sur l'invention du cinématographe, que l'on a attribuée tantôt à Edison tantôt au grand physiologiste Marey. Dans une conférence faite devant les membres de la Société de Physique, on a même affirmé que tout dans le cinématographe avait été inventé à l'Institut Marey, sauf toutefois la perforation de la pellicule, due à Edison. M. A. Seyewetz, sous-directeur de l'École de chimie industrielle de Lyon, nous communique, à ce sujet, d'intéressants documents, qui prouvent que la découverte de la photographie du mouvement appartient, sans contestation possible, aux frères Lumière. «Marey, nous écrit-il, a reconnu lui-même à MM. Lumière en différentes circonstances, avec sa probité scientifique habituelle, la priorité de l'idée des projections animées. Nous extrayons en effet, dans le compte rendu fait par Marey en 1897 aux Sociétés Savantes de Paris et des départements, les passages suivants: «De mon côté, je cherchais à produire la synthèse optique du mouvement... MM. A. et L. Lumière ont les premiers réalisé ce genre de projection avec leur cinématographe.» On trouve également dans le Bulletin de la Société française de Photographie, en 1889, une communication de Marey où nous relevons ces lignes: «Edison devait trouver bientôt avec son kinétoscope la solution de l'égalité des images au moyen de perforation de la pellicule sensible. A cause de ses inconvénients, le kinétoscope fut bientôt supplanté par l'admirable instrument de MM. Lumière universellement connu sous le nom de cinématographe, qui était la réalisation parfaite du chronophotographe projecteur.» A ces témoignages, on peut encore joindre, en faveur de MM. Lumière, un document historique d'une valeur incontestable. C'est le discours que fit le savant fondateur de l'observatoire du Mont-Blanc, M. Janssen, à l'Union nationale des Sociétés photographiques de France, le 12 juin 1895: «Le gros événement de cette session, déclara-t-il, a été le résultat obtenu en photographie animée par MM. Lumière... Le point de départ de cette nouvelle branche de la photographie est le revolver photographique, inventé à l'occasion du passage de Vénus, sur le Soleil en 1874. On sait avec quel succès M. Marey s'est emparé du principe de l'instrument qu'il a d'ailleurs complètement transformé. Mais, messieurs, si le revolver et ses dérivés nous donnent l'analyse d'un mouvement par la série de ses aspects élémentaires, les procédés qui permettent de réaliser, par la photographie, l'illusion d'une scène animée doivent aller plus loin. Il faut qu'après avoir fixé photographiquement tous les aspects successifs d'une scène en action ils en réalisent une synthèse assez rapide et assez exacte pour offrir à notre vue l'illusion de la scène, elle-même, et telle que la nature nous l'eût présentée. C'est ici, messieurs, que, grâce à MM. Lumière, la photographie que je proposerai de nommer la photographie animée, pour la distinguer de la photographie analytique des mouvements, a fait un pas considérable.» Et M. Janssen concluait: «Aussi, messieurs, réjouissons-nous toujours, et de plus en plus, que cet art merveilleux soit né en France, et applaudissons de tout coeur, lorsqu'il s'enrichit chez nous de quelque branche nouvelle.» C'est donc bien aux frères Lumière qu'il faut attribuer la merveilleuse invention du cinématographe, origine d'une industrie mondiale. CONTRE LES PIQÛRES DE GUÊPES. Nous voici à la saison des guêpes et chacun sait combien une piqûre de ces insectes peut être dangereuse quand elle se produit dans la bouche ou la gorge, tandis qu'on mord dans un fruit sans s'être aperçu qu'une guêpe y était cachée. La piqûre provoque un oedème et un gonflement des tissus pouvant amener des accidents mortels. Un remède très simple est, paraît-il, communément employé dans la Suisse française quand se produit un accident de ce genre. On frotte vigoureusement la partie piquée avec de l'ail. Si la piqûre est dans la profondeur de la gorge et inaccessible, on fait avaler des gousses d'ail broyées et malaxées. Un spécialiste suisse bien connu a eu l'occasion de vérifier l'efficacité du procédé, et a jugé utile de communiquer son observation à la Société vaudoise de médecine. Le malade avait été piqué à la gorge et pris presque instantanément de dysphagie et d'asphyxie. Aussitôt on eut recours à l'ail, et le malade se remit rapidement. A défaut d'ail on peut employer l'oignon: mais ce dernier est moins actif. Le procédé est bien simple, comme on voit, et il a l'avantage d'opérer dans un cas où la médecine est fort embarrassée pour intervenir utilement. UN NOUVEL USAGE DE LA LAVANDE. Le docteur Morpurgo, de Tunis, vient de découvrir—par hasard, dit-il modestement—les propriétés diurétiques de l'infusion ce fleurs de lavande. Celle-ci, préparée à la dose de 20 grammes de fleurs pour 200 grammes d'eau bouillante, augmente de 100 à 500 grammes la quantité de liquide émise en 24 heures. L'infusion de lavande est d'ailleurs de goût excellent, surtout lorsque son parfum un peu âcre est corrigé par addition de quelques gouttes de kirsch. A LA «POUPONNIÈRE». La jolie scène de «pouponnière» que nous reproduisons ici est de celles que l'on se plaît toujours à regarder; elle évoque simplement la faiblesse de l'enfant, la protection du bienfaiteur discret qui se penche vers elle. Les petits, habillés des mêmes robes, tous pareils, s'amusent sagement avec leurs menus jouets. Et le vieillard souriant qui veille sur eux a le bon visage, les yeux heureux des grands-pères, de ceux qui aiment les berceaux, et que ravit la joie puérile. C'est à la «pouponnière» fondée à Rueil par M. Cognacq qu'a été prise cette photographie; là sont élevés gratuitement, pendant leurs trois premières années, les enfants des vendeuses de la Samaritaine, dont M. Cognacq est le propriétaire et le directeur. Il eût pu se contenter d'assurer, de loin, l'existence de l'oeuvre, et d'y faire sentir les effets d'une générosité un peu distante. Mais, au soir d'une vie laborieuse, il a pris goût à cette nouvelle activité que lui permettait sa fortune. Chaque dimanche, il se rend à la «pouponnière» de Rueil pour s'enquérir de ses petits pensionnaires; il s'inquiète des soins qu'on leur donne, il leur apporte des jouets, il passe près d'eux de longues heures. Et voilà qui est vraiment d'un joli exemple. M. Cognacq ne s'est pas occupé que des enfants de ses employés. Il a voulu faire participer ses employés eux-mêmes aux bénéfices de sa maison, dont le tiers leur sera dorénavant réparti à la fin de chaque exercice: ainsi leurs intérêts vont-ils être liés étroitement à ceux de l'entreprise que leur travail fait prospérer, et dont ils sont devenus de véritables actionnaires. TROIS FRANÇAIS D'ALGÉRIE Un même décret a récemment nommé chevalier de la Légion d'honneur Si Salah ben Chenouf, cheik des Ouled Zaïdi, et promu au grade de commandeur Si Bouhafs ben Chenouf, caïd des Béni bou Slimar et de l'Ahmar-Khaddou et élevé à la dignité de grand officier Si Ali bey ben Chenouf, bach-agha des Ouled Rechaïch à Khenchla: ce sont les trois frères, et trois des plus fidèles serviteurs de la France en Algérie. Ils sont de la grande famille de Djaafar Baramequi—Haroun-Rechid—de qui le grand-père fut des premiers, au moment de la conquête, à se rallier à nous, dès notre installation en Algérie. Depuis lors, les descendants de cet ami sincère de la première heure ont marché sur ses traces, et partout où a flotté le drapeau tricolore, en Algérie, en Tunisie, et plus récemment au Maroc, se sont trouvés, à l'ombre de ses plis, prêts à donner leur sang pour la mère patrie, le progrès et la civilisation dont il est le symbole. LA RÉFORME DE LA CHIMIE ALLEMANDE Les chimistes allemands—comme d'ailleurs leurs confrères de tous les pays du monde—ont adopté pour vocabulaire technique celui dont se servent les Français, et, pendant de très longues années, ils se sont contentés d'employer des mots comme Chemie, Atom, Laboratorium, Pipette, Molekul, Spektroskop, qu'il est tout à fait inutile d'expliquer. Ils y ont gagné de pouvoir aisément diffuser leurs travaux, rien n'étant, par exemple, plus facile, pour un spécialiste de langue latine, que traduire à livre ouvert une phrase du genre de celle-ci: Das Limonen ist die optisch active Modification des Dispentens (le limonène est la modification optique active du dipentène) Mais les savants d'outre-Rhin en ont assez de cette clarté qui répugne à leur tempérament et blesse leur orgueil national; c'est, du moins, la grande revue technique Chemiker Zeitung qui semble le croire, puisqu'elle a entrepris une campagne en vue d'obtenir la réforme du vocabulaire chimique. Elle défère en cela à un voeu du Deutschersprachverein (Association en faveur de la langue allemande). Le génie spécial de la race germanique, affirme-t-elle, ne saurait être plus longtemps méconnu! Partant de là, la Ch. Z. réclame le remplacement des mots exotiques par des mots composés de racines allemandes. Voici quelques-uns des résultats auxquels conduit cette grande réforme scientifique (?) On ne dira plus Atom, ni Molekul, mais Kleinchen et Kleinchengruppe; on ne traduira plus les verbes français oxyder, réduire et nitrer par oxydieren, reduiren et nitrieren, mais par: versauerstoffen, entsauerstoffen et versticksauerstoffen. On n'emploiera plus das Spektroskop, mais das Brechtlichtlinicnrohr; on ne se servira plus de die Pipette, mais de das Saugpfeifchen; on n'effectuera plus une fraktionnierte Distillation (distillation fractionnée), mais, beaucoup plus simplement, une bruckstückweise flüssige Verdampfungsstoff Aufseugungzuverschieden Woermerstoerken; on n'étudiera plus la Chemie au Laboratorium, mais la Scheide-und Füjekunst (art des combinaisons et des décompositions), dans le Scheide-und Fügewerkstatt. Grâce à quoi la glorieuse science germanique aura remporté sur la science des Barbares une victoire décisive. Toutefois, il n'est pas interdit de souhaiter entendre quelque jour un chimiste allemand qui serait patriote, mais bègue, demander à un commerçant de lui vendre quelques grammes d'un produit tinctorial d'usage courant et qui va s'appeler, d'après la terminologie nouvelle: Bruckstückweiseflussige Verdampfungsstoff Aufseugungzuverschiedenen Waermerstoerkenerhaltet Triamidotriphenylcarbinol. La Ch. Z., et avec elle un certain nombre de ces Herren Professoren que Hansi a portraicturés, réclame, en effet, cette élégante dénomination pour le produit appelé die Pararosanilin durch fraktionnierte Distillation ( pararosaniline obtenue par distillation fractionnée). Il paraît que c'est un véritable crime contre la patrie allemande qu'user de cette traduction trop littérale d'un terme scientifique français: l'idiome germanique est à la fois et avant toute chose «démonstratif, explicatif et agglutinant». Persistons cependant à souhaiter entendre un chimiste qui serait «à la fois et avant toute chose» allemand, patriote et bègue, mettre en pratique ces préceptes grammatico-germanico-scientifico-impératifs. LES MOUVEMENTS DE LA FLOTTE ALLEMANDE. On a annoncé, cette semaine, qu'une escadre allemande avait traversé, dans la nuit du 28 au 29 juillet, le grand Belt, pour venir prendre ses positions de combat dans la Baltique. D'où venait cette force navale, composée de 28 bâtiments? Nous devons à notre collaborateur M. Charles Rabot, de pouvoir donner, à ce sujet, des précisions intéressantes. Il y a quelque temps, l'Allemagne avertissait le gouvernement de Christiania de l'arrivée, à la fin de juillet, d'une grande partie de sa flotte dans les fjords de la côte occidentale de Norvège. Ses équipages avaient besoin de faire une cure d'air et de se reposer des fatigues de l'hiver par une croisière d'agrément: tel était le prétexte invoqué. Mais les Norvégiens, légitimement émus, interprétèrent tout autrement la présence de cette flotte dans les eaux de leur pays. Il leur parut très probable que l'amirauté allemande avait voulu s'installer dans les admirables positions qu'offrent les fjords, afin de pouvoir rapidement atteindre les côtes anglaises. Déjà, l'an dernier, appareille époque, la même situation s'était présentée, et nous l'avions indiquée dans notre numéro du 9 août. L'émotion avait été vive alors à Christiania; l'occupation des fjords avait donné naissance à de violentes polémiques de presse. Et, pour calmer les esprits, l'Allemagne s'était empressée de déclarer qu'elle tiendrait compte à l'avenir des susceptibilités norvégiennes. Elle n'en a pas moins recommencé, cette année, à envoyer ses vaisseaux sur les côtes de Norvège, et ils y seraient encore si elle n'avait pas, pour parer sans doute au danger russe, modifié brusquement ses plans. La carte que nous reproduisons aujourd'hui a été dressée d'après un document publié par l'Aftenpost, le plus grand journal de Christiania. Elle représente le dispositif de la flotte allemande sur le littoral norvégien: 28 cuirassés et 18 torpilleurs s'y trouvaient, partagés en trois groupes, le principal au centre, avec 10 grosses unités dans le Sogne Fjord, flanqué à droite de 10 autres unités dans les fjords voisins de Christiansund, et à gauche de 7 autres cuirassés dans l'Hardanger Fjord. Tous ces fjords sont extrêmement profonds, mais coupés de seuils et de hauts-fonds; la navigation y est d'autant plus difficile que l'hydrographie n'en a pas été faite et qu'il n'existe aucune carte marine de ces canaux. Si donc l'amirauté allemande y envoie ses cuirassés, c'est qu'elle a mis à profit les croisières précédentes pour faire exécuter des levers dans ces eaux dangereuses pour les grosses unités,—et cela au mépris des règles internationales. LE CENTRE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. Le point géographique qui constitue le centre du territoire des États-Unis vient d'être déterminé de façon absolument précise par le professeur W. A. Cogshall, astronome en chef de l'Université d'Indiana, et par le docteur C.-A. Drew, professeur de physique à la même Université. Ce point est situé à Bloomington, très exactement au sud de la façade du bâtiment principal d'une usine construite en bordure de la 8e rue. L'État d'Indiana vient de signaler ce point à l'attention des visiteurs en y faisant disposer une plate-forme en ciment de 3x4 mètres, sur laquelle est placé un large bloc calcaire portant en lettres dorées l'inscription suivante: «Centre du Territoire habité des États-Unis. Recensement de 1910.» Ce bloc supporte un mât métallique de 22 m. 5 de hauteur, auquel est attaché un drapeau également métallique, éclairé la nuit par une lampe électrique de 120 bougies. LA TOUR DE PISE. La fameuse tour de Pise, sur laquelle nous avons publié déjà, il y a deux ou trois ans, des détails qu'il nous faut en partie rappeler aujourd'hui, affecte des allures de plus en plus penchées, et ses admirateurs comme ses détracteurs passent, à son sujet, par des émotions aussi vives que contradictoires. On ne sait pas exactement si la tour que construisit l'architecte pisan Bannono fut conçue en 1174 telle qu'elle fut achevée au quatorzième siècle par Tomaso: il est infiniment probable qu'au contraire elle était destinée, comme toutes ses congénères, à s'élever suivant la verticale, mais qu'un tassement fortuit du sol survint, lui donnant une inclinaison anormale, et lui valant à coup sûr le meilleur de sa renommée. L'angle que son axe forme avec l'horizon a été mesuré en 1817, en 1859, et enfin en 1911, par une commission scientifique nommée par le gouvernement italien. Le Génie civil rapporte que le faux aplomb de sa septième corniche par rapport à la première, qui était en 1817 de 2 m. 868 était de 3 m .063 en 1859, et qu'il a augmenté de 7 centimètres seulement depuis cette époque jusqu'à 1911. La Commission italienne a posé à cette époque de nombreux repères, grâce auxquels il a été possible de constater que l'inclinaison de la tour est devenue légèrement plus grande dans ces tout derniers temps. Le phénomène vient, après de nombreuses recherches, d'être attribué à un tassement continu résultant de l'existence d'un cours d'eau souterrain: celui-ci va être immédiatement détourné, son lit sera comblé par du ciment, et tout autorise à croire que, dans l'avenir, la tour de Pise, ne penchera jamais plus qu'elle ne le fait à l'heure actuelle. RÉCOMPENSES AUX BLESSÉS DE TAZA Le 14 juillet, à Fez, a été marqué par une cérémonie très émouvante qui s'est déroulée dans l'intimité, pour ainsi dire, entre soldats, à l'hôpital Auvert. C'est là qu'ont été évacués les blessés des troupes du Maroc occidental frappés au cours des combats livrés autour de Taza, tant de ceux que le général Gouraud dut engager pour s'ouvrir le passage que de ceux qu'il eut à subir depuis pour se maintenir, assurer notre occupation, et dont nous sommes loin, probablement, d'avoir livré le dernier: mardi encore, on recevait la nouvelle de deux très importants engagements, dans la vallée de l'Innaouen, au cours desquels nous aurions eu plus de cinquante morts. Donc, le jour de la Fête nationale, le général Gouraud se rendait à l'hôpital Auvert afin d'y remettre aux braves qui, sous ses ordres, avaient versé leur sang pour la patrie les décorations si vaillamment gagnées. On avait transporté sous les beaux oliviers du jardin de l'hôpital, ancien palais chérifien, les héros de la journée, encore étendus sur leurs lits, ayant endossé pour la circonstance leurs plus coquets uniformes, coloniaux, tirailleurs, et le général dut se pencher vers leurs couches pour agrafer sur ces poitrines les rubans où pendaient la croix ou la médaille. L'ARMURE DE PHILIPPE II L'Armeria Real de Madrid vient de recevoir les pièces manquantes de la fameuse armure de Philippe II qui figuraient au Musée d'Artillerie à Paris. Elles ont été placées dans la vitrine où naguère on n'en voyait qu'une copie à l'aquarelle, le chanfrein au-dessus de la selle, les deux rondelles d'épaule et les deux cubitières aux pieds du mannequin représentant Philippe II, chacune avec une petite étiquette tricolore qui distingue, selon l'écriteau explicatif, «les parties de l'armure offertes par le gouvernement de la République française». Il est probable que le souverain espagnol tiendra à répondre à ce don par un autre analogue à notre Musée d'Artillerie, auquel on sait que la direction de l'Armeria avait pensé à proposer une rondache navarraise et une paire de pistolets français, dont la valeur fut jugée un peu insuffisante alors que la question se présentait sous la forme d'un échange. Mais, depuis, elle a pris le caractère d'une donation gracieuse, si bien que c'est au roi seul qu'appartient l'initiative de la réciprocité. |
—Tu avais des prix, papa, toi, quand tu étais petit! —Tous!... Mon père était obligé d'acheter un petit âne pour m'aider à les porter. | LES CROQUIS DE LA SEMAINE, par Henriot. | —Il est sourd, votre oncle? —Oui... mais pas tant que ça... hier encore un coup de tonnerre a ébranlé la maison... il m'a répondu «Dieu vous bénisse!» |
—Et l'argent que vous aurez dissimulé, le fisc le reprendra, aux héritiers. —Monsieur, c'est une perspective qui sera pour moi la plus douce des consolations. | L'impôt sur le capital: —Moi j'ai hypothéqué ma maison. —Moi je n'ai pas de maison, mais j'ai emprunté 60.000 francs. —Tout cela sera déduit de notre capital imposable... Qui fait des dettes s'enrichit. | —Ah! les mouches... les sales mouches! —Mais, monsieur, elles sont aussi ennuyeuses pour moi que pour vous. —Non, madame, non... Moi, je suis chauve! |
OCCIDENTALES
Son aïeul Aloys, dit-on, Se croisa pour la Palestine... Il fut occis près de Sion. Un autre aïeul fut à Bouvine, Portant le royal fanion. On les vit partout dans l'histoire, Les ancêtres du beau marquis, Tous pleins d'esprit ou pleins de gloire, Portant cuirasse ou beaux habits; Plus d'un écrivit ses mémoires. |
Il eut d'adorables grand'mères, Voyez les portraits de La Tour... Héros de bataille ou d'amour, Les époux brillaient à la guerre, Les femmes brillaient à la cour. | O temps heureux de leur splendeur! O jours de fête magnifique, Où celui seul, dit la chronique, Qui vécut ce temps enchanteur Connut de vivre la douceur! |
Du beau marquis fin détestable... La liberté prenant son vol Fit du petit-fils le coupable... Le destin fut inexorable, Le bourreau lui coupa le col. |
Son aïeul, sous Louis-Philippe, Quitta, dit-on, son municipe Et vint à Paris en sabots. Il établit humble boutique, Vendant mouchoirs et paletots. Grâce à l'ordre, à l'économie Du petit marchand limousin, Sous l'effort de toute une vie, La boutique fut magasin... Et l'aisance s'en est suivie... |