La transformation de ces autobus en voitures à viande était relativement facile. Le ciel de la voiture étant extrêmement solide et la voiture formant un long couloir, on n'avait qu'à suspendre la viande à des crochets attachés à des barres de fer disposées à peu près comme l'étaient les mains courantes des omnibus.

Il suffisait de fixer solidement ces barres de fer, en étayant au besoin le ciel de la voiture, en raison de la longue portée des barres, de démonter les sièges pour dégager l'intérieur de la voiture, d'installer une porte munie d'un grillage métallique, de remplacer également par du grillage métallique les glaces mobiles d'aération, enfin de doubler intérieurement la carrosserie avec des feuilles de zinc jusqu'à une certaine hauteur pour rendre facile l'entretien de la voiture.

Un certain nombre d'autobus ainsi transformés figurèrent aux grandes manoeuvres à plusieurs reprises. Ces essais donnèrent les meilleurs résultats et eurent pour conséquence l'adoption du système expérimenté.

L'autobus sans impériale, qui a remplacé l'autobus à impériale, a un plafond plus léger; d'autre part, son compartimentage intérieur est assez compliqué. La transformation est moins facile, mais elle permet d'arriver au même résultat. Cette transformation a été exécutée par les soins de la Compagnie Générale des Omnibus qui avait passé avec l'Etat un traité l'obligeant à conserver en magasin, en temps de paix, toutes les matières premières nécessaires. Les travaux de transformation ont été terminés en temps utile pour tous les corps d'armée mobilisés.

L'autobus étant aménagé comme nous l'avons indiqué plus haut, l'utilisation devient très simple.

La transformation des autobus en voitures à viande:
les stores, banquettes, etc.
--Phot. R. Millaud.

La viande en quartiers est suspendue à des crocs fixés au ciel de la voiture, comme dans un étal de boucher, sans que les quartiers se touchent. Dans ces conditions un autobus ne peut guère transporter plus de 1.800 kilogrammes de viande abattue, alors que le même véhicule transportait précédemment trente-cinq voyageurs, plus le chauffeur et le conducteur, soit au total environ 2.600 kilogrammes de Parisiens sur... pied (37 personnes de 70 kilogrammes).

Ce chiffre de 1.800 kilogrammes représente 3.600 rations de viande fraîche, à raison de 500 grammes par ration. Un autobus transformé renferme ainsi un peu plus que la viande nécessaire chaque jour à un régiment d'infanterie comprenant normalement 3 bataillons de 1.000 hommes.

Il suffirait donc, à la rigueur, d'une douzaine d'autobus par corps d'armée et, avec 250 autobus, nos vingt corps de première ligne se trouveraient suffisamment pourvus. Mais le service des petites unités serait mal assuré, les trains régimentaires auraient à accomplir des parcours exagérés et enfin on ne pourrait point parer aux accidents imprévus. Aussi a-t-on à peu près doublé les effectifs précédents, tout en conservant un certain nombre d'autobus pour le transport des blessés et peut-être pour certains transports rapides de personnel combattant.