M. Paul Erio a envoyé de Belgique au Journal un très vivant récit de la bataille de Haelen,--ou de Diest. C'est à lui que nous emprunterons les éléments principaux de ce bref commentaire.

LES ALLEMANDS ONT PASSÉ LA.
--Une ferme incendiée près de Haelen.

Nos amis belges avaient en face d'eux les cavaliers qui viennent de dragonner si sauvagement, pillant et massacrant tour à tour, dans le Limbourg et le Brabant, autour de Jodoigne, Tirlemont, Hasselt, Louvain, et, parmi eux, les funèbres hussards de la Mort, de Dantzig, que commanda naguère le kronprinz: leurs exactions sont maintenant châtiées.

Mercredi matin, les Allemands quittaient Hasselt, déclarant aller tout droit à Bruxelles. Malheureusement pour eux, il y avait sur la route ce «quelqu'un d'inattendu» dont parle le poète.

Ils partirent sans même s'éclairer, tellement ils étaient sûrs d'eux, à travers une contrée pourtant accidentée. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à Haelen. Mais à peine le premier peloton de uhlans pénétrait-il dans ce village, qu'il y était accueilli par un feu intense. Le peloton entier fut fauché: les cyclistes armés de la mitrailleuse portative Hotchkiss venaient de se révéler, et le premier coup qu'ils portaient était terrible, prouvant que leur corps était aussi redoutable qu'ingénieusement organisé: «Un seul chargeur suffit à balayer la route», disait le lendemain le capitaine de la compagnie. Le combat commençait.

Les cyclistes résistèrent magnifiquement. Leurs officiers les commandaient avec le même calme que s'ils eussent été à l'exercice. Le flegme belge n'a rien à envier au flegme britannique, cette élégante possession de soi-même et ce dédain superbe des contingences.

Les Allemands s'étaient vite rendu compte que ceux qui se dressaient devant eux étaient peu nombreux. Ils lancèrent leur cavalerie en trombe: «On nous envoya au feu comme à la manoeuvre, comme s'il n'y avait pas de balles dans les fusils», devait déclarer plus tard un de leurs officiers blessés. Le vieux maréchal de Haeseler, qui commandait autrefois à Metz, fit à Guillaume II lui-même, un jour que le kaiser s'était senti d'humeur à jouer à la guerre, la même observation.

Les deux mitrailleuses de la compagnie cycliste entrèrent en action; les impétueux cavaliers aussitôt se replièrent. Alors, l'agresseur fit donner le canon. Une pluie de mitraille écrasa le petit bourg, criblant les rues, les maisons, l'église. Bien abrités, habilement dissimulés, les cyclistes tinrent bon, jusqu'au moment où ils se virent près d'être débordés par le nombre: à 200, ils avaient maintenu en respect 6.000 ennemis. Ils se replièrent,--non sans que deux d'entre eux fussent allés, sous le feu, faire sauter le pont de Haelen. Ils avaient admirablement rempli leur rôle.