«HABEMUS PAPAM».--Proclamation, par le cardinal-camerlingue, de l'élection de Benoît XV, du haut de la loge centrale de la basilique de Saint Pierre, le 3 septembre.
--Dessin de notre envoyé spécial L. Bompard

LE CONCLAVE ET LE NOUVEAU PAPE BENOIT XV

Le Conclave qui a élu Benoît XV aura été remarquable à plus d'un titre, par les graves conjonctures au milieu desquelles il s'est tenu, par les considérations spéciales à l'Eglise et à son gouvernement, par la personnalité de l'élu. On avait supposé tout d'abord que dans cet universel bouleversement la barque de Pierre, pour ainsi parler, replierait sa voile et, comme on se réfugie dans un port, confierait le gouvernail à l'un des plus âgés parmi les cardinaux, avec mission d'administrer prudemment et simplement l'Eglise. Ces prévisions ont été démenties, comme tant d'autres, par l'événement. Le règne de Benoît XV s'annonce comme un pontificat marquant.

LE NOUVEAU PAPE.--Giacomo, marquis Della Chiesa, qui a pris le nom de Benoît XV.
Photographie Felici, prise au mois de mai dernier, quand l'archevêque de Bologne fut créé cardinal.

En entrant au Conclave les cardinaux prêtent serment de secret inviolable et le cardinal-camerlingue, intérimaire pontifical, procède à une solennelle clôture des portes avec les sceaux du Saint-Siège. On croyait que le peuple de Rome ne saurait rien des votes du Sacré Collège que par les «sfumate», les fumées qui s'échappent d'une certaine cheminée du Vatican où l'on brûle les bulletins des scrutins sans résultat. Et pourtant chaque soir des détails sur la journée du Conclave ont franchi la clôture et couru la ville. On a su que le premier vote avait été un hommage aux épreuves de la Belgique et une manifestation de la grande majorité des cardinaux contre les horreurs de la guerre déchaînée par l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Les cardinaux de ces deux États, accueillis par leurs collègues avec la courtoisie la plus parfaite mais la plus froide, étaient moralement tenus à l'écart, tandis que tout le monde s'empressait autour de S. E. Mercier, archevêque de Malines et primat de Belgique, dont la douleur visible rehaussait encore la dignité naturelle. Ce premier scrutin réunit sur le nom du cardinal Mercier quelque vingt-cinq voix, puis commencèrent les débats de politique sacrée.

La messe papale pour le couronnement de Benoît XV: le nouveau pape est assis sur le trône pontifical; la tiare est sur l'autel. Phot. G. Felici.]

Il est de tradition de voter deux fois par jour. Les circonstances présentes commandant d'aller vite, les votes se succédèrent sans interruption surtout pendant la journée où la lutte se circonscrit entre deux éminences: Pietro Maffi, archevêque de Pise, et Domenico Ferrata, ancien nonce à Paris. Le premier, réputé libéral, avait naturellement contre lui les cardinaux de la création du pape défunt. Le second, passant à tort ou à raison pour francophile, à cause de son activité diplomatique à Paris, avait d'autres adversaires. S. E. Maffi, après avoir atteint 30 voix, sentait son progrès arrêté par une opposition irréductible, mais qui, elle-même, n'avait pas le pouvoir de faire élire un candidat de son choix. Le candidat inconnu, le pape de conciliation, s'annonçait. Mais ici commencèrent les surprises.