Le père supérieur et ses frères s'étaient réfugiés au fond du jardin de l'école; les coups de feu éclataient toujours et l'incendie gagnait le centre de la ville.
Jugeant que les hommes dont il avait la responsabilité n'étaient pas en sécurité au fond de ce jardin, il leur fit franchir le mur d'un enclos voisin, les cacha dans de grandes caisses d'emballage et ils attendirent là, en priant, jusqu'à ce qu'une longue lueur, toute proche, les éclairât... Leur maison flambait. Ce fut alors que le père Catala sortit de sa cachette: il avait oublié les saintes hosties dans la petite chapelle de l'école. Il embrassa ses compagnons et, malgré leurs supplications, il s'éloigna. Quand il revint, il annonça que toute la rue était livrée aux flammes et qu'on voyait des corps sur la chaussée.
Le lendemain, au jour, la plupart de ces corps avaient disparu; on ne devait retrouver que ceux des civils.
Enfin, lorsque le jour se leva, les fusils se turent.
A neuf heures, ordre fut donné à tout le monde de s'assembler dans les rues; on sépara les hommes des femmes et des enfants, on choisit deux ou trois cents citoyens les mieux vêtus, on leur lia fortement les mains et l'on se mit en route par les rues de la ville. A certains endroits, on était obligé de courir pour ne pas être grillés par l'incendie. Un vieillard, qui ne pouvait avancer assez vite, était tiré par un soldat, tandis qu'un sous-officier lui lançait des coups de pied et des coups de crosse. Enfin, après des pauses, des contremarches, des conseils tenus dans les carrefours, on décida d'emprunter la chaussée de Malines. On marcha durant tout l'après-midi.
Dans la soirée, la bande fit halte à Campenhout; on enferma les otages de Louvain dans l'église où ils demeurèrent jusqu'au matin. Alors, on les fit sortir de là et, sans explication, sans un mot pour les rassurer sur leur propre sort, tandis que des troupes passaient, se dirigeant vers Malines, on relâcha les Louvanistes en leur enjoignant de retourner chez eux.
Ceux qui y retournèrent furent arrêtés trois ou quatre fois et, quand les plus solides atteignirent leur ville, ils ne purent que la considérer de loin. Lorsque, enfin, le lendemain, il leur fut permis d'en franchir les remparts, ils ne virent plus que des cendres, des décombres et des cadavres. Quant aux femmes et aux enfants qu'ils avaient quittés l'avant-veille, plus de traces!
La semaine dernière, après m'être échappé de Bruxelles, j'ai trouvé à Gand, à Ostende et jusqu'à Folkestone, de petites affiches, écrites à la main, collées sur les murs et aux devantures des magasins:
La mère du petit Jean X..., perdu à Louvain le jeudi 20 août, est à... Envoyer des nouvelles de Jean d'urgence.
Ou bien: