François Vandermal informe sa femme qu'il est chez M. Y..., à Bruges; il y est seul, sans Elie et sans Marie.

Et d'autres, beaucoup d'autres, dans ce genre.

Certaines familles ne réclameront pas: la mère a été tuée dans une petite rue voisine de la place, l'enfant a été fusillé à cent pas plus loin, le père a été jeté dans le canal...

Voilà la guerre de Guillaume II, élève de Bismarck!

Des villages ont été anéantis parce que des paysans, des ouvriers, des bourgeois, qui avaient vu brutaliser leurs femmes et battre leurs enfants, n'avaient pu s'empêcher de saisir un fusil et de tirer; mais si Louvain a été brûlée et rasée, si la population a été disséminée ou fusillée, c'est que des soldats, ivres de bière et d'alcool, hallucinés par la terreur qui fait trembler tous leurs chefs sans exception, jusqu'aux plus grands, ont commencé à s'entretuer dans la nuit du 25 au 26 août.

Une ville sur les pavés de laquelle le sang allemand avait été versé par des mains teutonnes devait disparaître. Elle a disparu. C'est un fait d'armes dont pourra se repaître l'orgueil germanique. Gaston Chérau.

LA GUERRE

VICTOIRE FRANCO-ANGLAISE
ET VICTOIRE RUSSE

Depuis le 6 septembre, notre situation militaire s'est complètement transformée. Nos armées, qui s'étaient retirées progressivement devant l'action violente des Allemands, ont, au moment choisi par leur chef, le général Joffre, repris l'offensive sur toute la ligne. La retraite des 23 corps ennemis (plus d'un million d'hommes), poursuivis par les troupes françaises et britanniques, en nombre presque aussi énorme, est aujourd'hui générale. C'est par l'aile droite allemande (armée du général von Kluck), entre Meaux et Château-Thierry, que ce mouvement de recul a commencé devant les attaques énergiques des troupes franco-anglaises. Le 10, il était de 60 à 75 kilomètres; le 11, il prenait toute l'apparence d'une déroute qui emportait cette aile allemande jusqu'à 100 kilomètres en arrière, jusqu'à l'Aisne, que nous avons franchie à sa suite. Vers l'Est, ce recul s'est communiqué à la Garde prussienne qui a été rejetée au Nord de la Marne. Puis il a gagné le centre qui, désespérément, essayait de nous rompre près de Vitry-le-François. Cette ville, où l'ennemi avait installé le quartier général de son VIIIe corps, et s'était fortifié, a dû être évacuée par lui dans le plus grand désordre. Son extrême-gauche elle-même a cédé dans le Sud de l'Argonne où, d'après les derniers renseignements reçus à l'heure où L'Illustration va s'imprimer, l'armée du kronprinz resterait seule accrochée, sans ligne de retraite assurée.

Cette bataille d'une semaine, ou plutôt cet ensemble de batailles, qui conservera probablement dans l'histoire le nom de bataille de la Marne, a entraîné des résultats heureux pour nous, non seulement sur tout le front, de l'Oise à l'Argonne, mais encore à l'Ouest et à l'Est. D'un côté, les Allemands ont dû évacuer Amiens: de l'autre, Lunéville, que nous avons réoccupée, ainsi que Raon-l'Etape, Baccarat, Saint-Dié, Pont-à-Mousson, revenant ainsi jusqu'à la frontière.