C'est une grande victoire, une «victoire incontestable», selon les termes mêmes employés par le général Joffre dans son ordre du jour de félicitations à ses armées.

Dans un autre ordre du jour, celui qui précéda la formidable lutte, le commandant en chef avait dit:

«Au moment où s'engage une bataille d'où dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière; tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer...»

Or, presque en même temps, le 7 septembre, le général commandant le VIIIe corps allemand, adressait de son côté à ses troupes des exhortations non moins solennelles:

«... Demain, la totalité des forces de l'armée allemande, ainsi que toutes celles de notre corps d'armée, devront être engagées sur toute la ligne allant de Paris à Verdun pour sauver le bien-être et l'honneur de l'Allemagne. J'attends de chaque officier et soldat, malgré les combats durs et héroïques de ces derniers jours, qu'il accomplisse son devoir entièrement et jusqu'à son dernier souffle. Tout dépend du résultat de la journée de demain.»

Les deux commandants attachaient donc le même prix à l'issue de la bataille de la Marne. Et l'importance de notre victoire ne peut pas aujourd'hui être contestée, même par l'ennemi.

Est-elle définitive? Pas encore. Un nouvel et grand effort va être demandé à nos soldats déjà si fatigués; ils le donneront et puiseront de nouvelles forces dans leur succès.

Un point définitivement acquis, c'est que les armées allemandes, après s'être approchées si près de Paris, n'auront rien pu tenter contre notre capitale dont les défenses, depuis le début de la guerre, ont été considérablement renforcées et dont le nouveau gouverneur, le général Galliéni, s'est montré décidé à aller jusqu'au bout. Une attaque brusquée sur le front nord n'était plus possible. Quant à une attaque régulière, elle n'aurait pu être entreprise qu'en prélevant plusieurs corps d'armée sur ceux qui avaient d'abord à lutter contre le général Joffre. Or ces corps d'armée sont aujourd'hui en pleine retraite.

Voir la carte aux pages 206-207 et la suite de l'article à la page 211.