LE GÉNÉRAL GALLIÉNI
Gouverneur militaire et commandant des armées de Paris.
On eût cherché vainement à qualifier d'un mot le caractère de ce chef. Lui, sans le vouloir, s'est exactement dépeint: «Jusqu'au bout», a-t-il dit, et ce pourrait être sa devise, et c'est sa psychologie. Quand d'autres, qui n'avaient rien à dire, s'efforçaient de discourir, le général Galliéni, qui devait parler, n'a proféré que quelques phrases. On l'avait chargé de défendre Paris; il annonça simplement aux Parisiens qu'il tiendrait jusqu'au bout. Il n'y a pas de littérature plus belle. C'est celle d'un homme d'action, la seule que la France ait à entendre en ce moment. Le soldat du Sénégal, du Soudan, de l'Indo-Chine et de Madagascar, qui partout montra qu'il était non seulement un conducteur d'hommes, mais un organisateur, à la fois audacieux et ordonné, se souvient, en ces instants tragiques, de sa jeunesse attristée. Jeune sous-lieutenant, il connut les affres de Sedan et la captivité en Allemagne. Entendant enfin sonner l'heure bénie de la revanche, il est demeuré calme et s'est seulement proposé d'accomplir son devoir jusqu'au bout. Le général Galliéni nous a donné une leçon de stoïcisme élégant et discret.
Dans un prochain numéro, nous publierons un portrait en couleurs du général Joffre.
Embarquement de tirailleurs à Alger.--Phot. Geiser]
PRISES DE GUERRE A BELFORT.--Biplan blindé allemand «Albatros» capturé à Cernay, le 11 août, et canons pris à Dornach, près de Mulhouse.--Phot. Drouin.
UNE POIGNÉE DE BRAVES Dessin de GEORGES SCOTT.
Ces braves sont des chasseurs alpins. Tous les Français connaissent ces soldats alertes et vigoureux qu'on voit passer parfois dans nos villes, sanglés dans leur vareuse bleu sombre, la molletière enroulée symétriquement de la cheville au jarret, le béret crânement enfoncé sur la tête. Mais c'est surtout dans leurs montagnes que ces bataillons d'élite composent, en action, de martiales cohortes. L'alpenstock au poing, gravissant des roches, franchissant des glaciers, ils affrontent tous les pics, se glissent par tous les cols, poussant ou tirant leurs mulets chargés des canons et des vivres. On peut dire que pour eux toute manoeuvre est une action héroïque, et la guerre n'a pu que les trouver tout prêts. Aussi ont-ils accompli tout de suite des prouesses, dans les Vosges et dans les Ardennes. Cent faits d'armes qui n'ont pu être encore relatés, mais qui le seront sans doute bientôt, révéleront la hardiesse et la force de nos chasseurs qui, aux heures les plus difficiles et tragiques, montraient non seulement du sang-froid et de l'entrain, mais même de l'allégresse sous le feu. On s'est aperçu quelquefois que les chasseurs alpins étaient animés d'un viril esprit de corps: la guerre vient de montrer qu'ils avaient de justes raisons de mutuellement s'estimer.