Ici, pas même une allusion aux pertes cruelles qu'a faites le général de Castelnau. Mais nous savons ce que le service de la Patrie a coûté, sans que sa fermeté d'âme en ait été entamée, à ce père, à ce grand chef, au sauveur de Nancy. Notre reconnaissance ne saurait aller vers lui trop ardente.

L'abbé Chinot et un officier français constatant les dégâts
au-dessus de la voûte du transept.
Les cendres de l'incendie, dans le chemin de
ronde, sous les arcs-boutants des bas-côtés.

La voûte de pierre de la cathédrale de Reims, mise à nu par l'incendie de la charpente qui supportait la toiture maintenant effondrée.
Phot. du cap. Granville Fortescue.

UN DES PLUS GRANDS CRIMES DE L'HISTOIRE

RÉCIT D'UN TÉMOIN DU BOMBARDEMENT DE LA CATHÉDRALE DE REIMS

Un journaliste anglais bien connu, M. E. Ashmead Bartlett, correspondant de guerre du Daily Telegraph, et trois de ses confrères américains, M. Richard Harding Davis, écrivain réputé, le capitaine Granville Fortescue, ancien officier de l'armée des Etats-Unis, et M. W. Gerald Dare Morgan,--ont assisté au bombardement de la cathédrale de Reims par l'artillerie allemande et à l'incendie suivi de destruction partielle qui en a été la conséquence. Ils ont rapporté à L'Illustration une série de photographies prises à la première heure, quand les vénérables pierres gothiques étaient encore chaudes, et M. E. Ashmead Bartlett, qui fut déjà plusieurs fois pour nous un précieux collaborateur, a résumé ici, pour nos lecteurs, son témoignage et ses impressions:

Voici huit jours, Notre-Dame de Reims était l'une des plus fameuses et des plus belles cathédrales du monde. Avec ses innombrables sculptures, dont l'abondance n'étouffait pas, cependant, la grandeur des lignes architecturales, la façade occidentale était une merveille unique, et l'on pouvait en dire autant des sculptures qui ornaient les parois intérieures de cette même façade. Les vitraux si admirés des touristes, et principalement ceux de la grande rose de l'Ouest, entre les deux tours, où souriait, au milieu d'une cour d'anges, de rois et de patriarches, la Vierge, patronne de la basilique, comptaient parmi les plus anciens dans les églises de France.

En ce moment, il ne demeure de cette merveille que le gros oeuvre de pierre, les murailles audacieuses et la voûte qui abrite l'église. De l'admirable fouillis de statues qui animaient l'extérieur de la tour du Nord-Ouest, subsistent seulement des tronçons, des fragments; et si quelques-unes des sculptures ont échappé à la destruction, elles ont été à ce point endommagées par l'incendie qu'elles ne sont plus réparables. Parmi celles qui ornaient la tour du Sud-Ouest, on en distingue beaucoup qui sont sorties presque indemnes du désastre; mais d'autres se sont écroulées ou sont gravement endommagées. Quant aux belles images qui encadraient les portes, à l'intérieur de la basilique, il n'en reste qu'un amas de pierres calcinées.

Dans le choeur, les stalles et autres boiseries, y compris la chaire du cardinal, ont été consumées. Sur les bas-côtés, les vitraux des fenêtres supérieures et inférieures ont été presque complètement ravagées; les verrières de ces chefs-d'oeuvre, dont plusieurs dataient du treizième siècle, gisent sur le sol à l'état de menus fragments. Tout en respectant son cadre de pierre, la chaleur de l'incendie a endommagé sérieusement la célèbre rosace. Les toits de pierre des bas-côtés sont entièrement détruits. Enfin, des contreforts ont beaucoup souffert. L'un d'eux, sur le côté Nord-Est, a été brisé net par un obus.