Pendant ce temps, le cardinal Amette est monté en chaire. Prière et sacrifice: ces deux mots résument l'allocution de l'archevêque de Paris. Il faut prier pour obtenir le secours de Dieu et il faut prendre sa part des souffrances communes. Par cette solidarité de souffrances et de sacrifices acceptés avec résignation, nous obtiendrons l'appui du Très-Haut.

La procession se forme ensuite. Comme aux grands jours de notre histoire, les reliques et les châsses des saints et saintes que possèdent les églises de Paris ont été portées à la cathédrale: la châsse de sainte Geneviève qui protégea les Parisiens contre Attila; celle de saint Remi qui baptisa Clovis; celle de saint Louis, le roi justicier; celle de saint Denys... Et ces châsses défilent sous les voûtes séculaires de Notre-Dame, suivies de la statue de la Bienheureuse Jeanne d'Arc.

Quand la procession arrive sous le grand orgue, les trois portes de la façade sont ouvertes et elle sort entre les grilles extérieures et la basilique. Une tribune improvisée a été placée devant la grande porte du milieu. Le cardinal Amette y monte, revêtu du grand manteau pourpre, mitre d'or en tête et crosse à la main, une immense acclamation: «Vive le cardinal!» A perte de vue, les chapeaux s'agitent, les bras se tendent. «Mes chers amis, ma voix ne pourra être entendue jusqu'à vos derniers rangs, mais mon coeur va vers vous tous. Ce spectacle extraordinaire me rappelle celui qui se déroulait devant mes yeux la semaine passée, quand, devant la multitude amassée sur la place Saint-Pierre, à Rome, était proclamée l'élection du nouveau pape. La même foi se lit dans vos yeux, la même confiance se peint sur vos visages. Je vais vous donner la bénédiction pontificale; qu'elle vous garde fidèles à Dieu et à la patrie, qu'elle garde aussi sains et saufs ceux que vous aimez, et qui luttent sur le champ de bataille pour défendre nos autels et nos foyers.»

Des mères, des femmes, des soeurs des combattants dévorent leurs larmes et répètent avec ferveur les invocations aux saints (que nous venons de nommer) récitées par M. le chanoine Delaage, archiprêtre de la cathédrale. Avant de descendre pour continuer la procession, le cardinal Amette s'écrie: «Mes chers amis, courage et confiance
G. L.

LA GUERRE

LA BATAILLE DE L'AISNE

Nous laissions, dans notre dernier bulletin des opérations, les troupes allemandes en pleine retraite, à la suite de la bataille de la Marne.

Dans les premiers jours de la semaine dernière, sous la pression énergique des armées alliées, ce mouvement de recul s'est poursuivi très rapidement. Les Allemands s'arrêtaient pour faire tête sur une ligne limitée par la rive droite de l'Aisne et les hauteurs entourant Reims, au Nord. Ce mouvement de repli de l'aile gauche entraînait le fléchissement très net des troisième et quatrième armées, commandées par le prince de Wurtemberg et le kronprinz. A la date du 15, cette dernière occupait la ligne Varennes-Consenvoye.

Alors commençait la troisième grande bataille de la campagne. Elle s'engagea vers Soissons, Craonne, puis s'étendit bientôt sur tout le front, de l'Oise à la Meuse.