L'ennemi est maintenant sur la défensive, occupant des positions bien organisées et armées d'artillerie lourde qu'il faut enlever au prix d'efforts intenses et prolongés. Notre progression en avant ne peut être que lente et difficile. Mais jusqu'à l'heure où nous écrivons elle a été constante.
La grosse action se déroule sur l'Aisne et dure, maintenant, depuis plus de huit jours. Nous conquérons le terrain pied à pied. Nous avons ainsi, malgré la résistance acharnée de l'ennemi, contraint d'amener des renforts de Lorraine, occupé tour à tour toutes les hauteurs de la rive droite de l'Aisne, gagnant vers l'Oise et Noyon, et pris pied sur le plateau de Craonne.
Dans l'Argonne, le kronprinz accentue son mouvement de retraite. Nous avons réoccupé Souain, puis Mesnil-les-Hurlus, puis Massiges.
En Woëvre, malgré ses efforts violents, l'ennemi n'a pu s'emparer des «Hauts de Meuse».
A notre droite, de petites colonnes allemandes ont de nouveau franchi la frontière et réoccupé Domèvre, près de Blamont.
Mais évidemment le plus haut fait de la semaine est, pour les Prussiens, le bombardement de la cathédrale de Reims, acte de basse vengeance, de colère et de haine, «acte allemand», selon l'expression inoubliable d'un journal anglais.
En Belgique, les Allemands continuent d'être harcelés sans trêve et sont obligés de demeurer en force.
En Galicie, les Russes poursuivent leurs avantages, traquant les arrière-gardes autrichiennes et les décimant. Le dernier communiqué de Pétrograd annonce que les ouvrages de Jaroslaw ont été enlevés et que Przemysl, sur le San, est en train d'être investi. Cracovie est ainsi menacée.
Dans la Prusse orientale, les forces russes se replient en bon ordre pour se reformer.
Enfin, on signale une importante victoire des Serbes près de Kroupagné, sur la Drina, après une bataille de plusieurs jours.