NOTES DE ROUTE
De tous ces épiques combats où les nôtres, acharnés à bouter hors de France les hordes des Barbares, dépensent sans compter l'héroïsme et versent si magnanimement leur sang, nous ne connaîtrons la farouche beauté que par les récits mêmes de ceux qui y tiennent un rôle glorieux. Nul spectateur passif de tant de vaillance et de tant d'abnégation. Et ceux qui, le plus ardemment, souhaiteraient de pouvoir témoigner des hauts faits que chaque jour voit s'accomplir, sont tenus à l'écart du champ de bataille. C'est très loin en arrière qu'il leur faut aller, le long des routes, recueillir la trace des vertus de ceux qui luttent et succombent pour la Patrie. Encore doivent-ils s'y aventurer furtivement, car les chemins sont bien gardés.
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Mgr Marbeau, évêque de Meaux, traversant le pont provisoire de Lagny.
De la barrière jusqu'aux limites du camp retranché de Paris c'est dix fois, vingt fois qu'il faut exhiber l'incertain laissez-passer dont on est porteur. La dernière barricade, avec le dernier poste, est aux portes de Lagny.
Pauvre Lagny, si gai, de coutume, aux jours d'été, empli des chants et des lazzis des canotiers de la Marne, combien je le retrouvai morne! Ce jour-là, pourtant, il recevait la réconfortante visite de Mgr Marbeau, le digne évêque de Meaux. Comme nous arrivions, le prélat franchissait la Marne sur le pont de bateaux provisoirement établi par le génie pour remplacer le «pont de Pierre» et le «pont de Fer» que, par mesure défensive, on avait fait sauter à l'approche de l'envahisseur,--et, sur son passage, toutes les têtes, respectueusement, se découvraient et s'inclinaient, hommage rendu autant à la courageuse attitude, devant l'adversité, de l'homme de devoir qu'à son caractère sacerdotal.
Le pont détruit de la Ferté-sous-Jouarre et l'ancien château incendié par l'ennemi.