Le prince de Galles.

Dès l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, le prince de Galles, qui avait déjà accompli une période d’instruction militaire, fut incorporé comme lieutenant dans les Grenadier-Guards. Pendant plusieurs semaines, il fut donné aux Londoniens de voir passer dans les rues de la capitale, à la tête de sa section, leur futur souverain, portant élégamment et martialement l’uniforme des grenadiers. Mais ces exercices quotidiens ne suffisaient pas à l’ardeur du jeune prince, qui sollicita l’honneur de se rendre en France pour y combattre dans les rangs de l’armée expéditionnaire. Lord Kitchener, ému de recevoir cette requête du fils de son roi, a promis, dit-on, de lui donner bientôt satisfaction. En attendant, l’héritier de la couronne a eu la joie d’être promu au rang de standard bearer: il porte le drapeau de son régiment aux heures où les grenadiers de la garde font la relève au Palais-Royal de Buckingham. Rien de charmant comme la juvénile silhouette du crown-prince,—dont la physionomie offre le plus heureux contraste avec celle de ce soudard orgueilleux, insolent et brutal, le kronprinz. Rien qui exprime mieux aussi le contraste des deux races, des deux éducations, des deux cultures. Le prince anglais garde sur son visage ombragé par la casquette militaire le reflet de la grâce de sa jeunesse et de ses sentiments; tandis que l’autre avoue par tous les traits de sa physionomie trop connue qu’il n’a reçu qu’un enseignement de haine sournoise et d’orgueil inhumain.

LA VEILLÉE

Dessin de Georges SCOTT.

Cette chambre d’une quiète maison de province environnée d’ordinaire de silence est devenue mortuaire et glorieuse. Dans la ville bombardée, la mitraille fait ses ravages. Les vitres ont éclaté; mais la maison est encore debout. On a transporté là le général, qu’un obus vient de blesser à mort, tout près. Il a expiré sur le vieux lit aux rideaux épais.