»Deux fois ce jour-là, pendant la terrible rafale, et une fois le lendemain samedi, nous mîmes ces malheureux, à l’abri dans l’escalier de la tour Nord. Je ne fis, dans cette opération qu’aider M. l’archiprêtre,—et non Mgr le cardinal, comme on l’a dit par erreur, puisque Son Eminence, de retour du conclave, ne put rallier sa ville épiscopale que quatre jours après le sinistre.
»Et c’est encore M. l’abbé Landrieux, curé-archiprêtre de la cathédrale, dont je n’avais qu’à admirer le sang-froid et à suivre le calme courage pendant ces jours et particulièrement ces heures tragiques, qui, au moment où les blessés cherchaient à sortir de l’édifice en flammes, prévint les plus terribles excès: il releva le canon des fusils que le scrupule de la consigne abaissait, il raisonna l’exaspération d’un peuple que le forfait des ennemis ne justifiait que trop, il empêcha, en un mot, des faits que le lendemain nous eussions très amèrement déplorés.»
Pendant que nous prenions congé de lui, M. l’abbé Thinot nous montre les formidables éclats d’un des trois obus de siège que, cinq jours après leur crime, les Allemands jetèrent encore sur la cathédrale.
Mme MACHEREZ, «MAIRE» DE SOISSONS
C’est une figure bien française que celle de Mme Macherez qui ne craignit pas de s’improviser maire de Soissons pour recevoir les Allemands et défendre contre eux la vie et les intérêts de ses concitoyens. A l’approche de l’ennemi, en l’absence du maire élu et de presque tout le conseil municipal, Mme Macherez, femme de l’ancien sénateur de l’Aisne, prit l’initiative de grouper autour d’elle, pour assumer de lourdes responsabilités, quelques autres personnalités énergiques: Mgr Péchenard, évêque de Soissons; M. Blamoutier, notaire, et un conseiller municipal demeuré à son poste, M. Musard.
Une femme héroïque: Mme Macherez.
Ce petit comité, auquel s’était joint M. Arfeuille, pharmacien, eut le noble rôle de tenir tête aux exigences de l’envahisseur qui, durant plus d’un mois, défila dans la malheureuse ville sur laquelle ne cessaient de pleuvoir les plus fantastiques réquisitions, et, entre temps, les obus. Par son sang-froid, par son énergie hautaine, parfois ironique, Mme Macherez réussit à en imposer aux officiers allemands. Plus heureuse que son voisin, l’héroïque maire de Senlis, la vaillante femme épargna à ses concitoyens les horreurs du pillage et des fusillades; la ville de Soissons, qui, sans elle, eût sans doute été réduite en cendres, n’a souffert que des obus lancés par les Allemands au commencement de leur retraite.