Les Hauts de Meuse et la Woëvre.
La ligne de l’Escaut a pu être préservée jusqu’ici; en ce moment c’est celle de la Nèthe qui est l’objet des attaques; mais, pour aborder la rivière, il faut d’abord s’emparer des forts de sa rive gauche; de là ces attaques furibondes contre les forts de Wawre, de Waelhem et de Koningshoyekt. Jusqu’à présent, il ne semble pas qu’elles aient été couronnées de succès; au contraire, soit les forts, soit les sorties de la garnison, ont causé des pertes terribles aux Allemands. Mais ceux-ci ne sont pas avares du sang de leurs soldats: des milliers d’hommes peuvent tomber, des milliers d’autres sont amenés sous le feu des canons.
A cela se bornent les renseignements sur la Belgique, mais de grands mouvements de troupes ennemies ont dû avoir lieu dans le Sud des Flandres, puisque les Allemands ont franchi la frontière belge en traversant la Lys.
LES ARMÉES RUSSES
En Russie, les événements se sont précipités. On pouvait croire que les Allemands n’allaient pas tarder à atteindre le cœur de la Pologne; ils avaient pénétré jusqu’aux abords du Niémen et menaçaient d’atteindre Kovno, au Nord, Grodno, au Sud, puis, près de la Narèw, Bielostok. Vilna paraissait le but; plus au Sud c’était Varsovie. A suivre sur la carte la marche allemande, on pouvait craindre le refoulement des Russes vers l’intérieur; déjà, les Allemands avaient amené l’artillerie de siège autour de la place forte d’Ossowetz, sur la rivière Bobr, dont la prise pouvait les rendre maîtres des chemins de fer conduisant au cœur de la Pologne.
Tout à coup, tout a changé, les généraux russes qui attendaient sur les bords du Niémen, bousculent les têtes de colonnes allemandes, rompent à coups de canon les ponts jetés sur le fleuve, puis, prenant l’offensive, chassent les armées qui se croyaient déjà victorieuses des villes où elles étaient parvenues. Ainsi fut dégagée Mariampol, ainsi fut reprise Souvalki; un autre chef-lieu de province, Augustovo, où paraît s’être fait le plus grand déploiement allemand, fut le théâtre d’une sanglante bataille qui dura près d’une semaine. Mais la victoire a été complète, l’armée allemande, coupée en deux tronçons, a été écrasée; autour d’Augustovo, l’un d’eux aurait perdu 60.000 hommes. Ce fut alors une véritable déroute, les Allemands ont dû repasser la frontière et pénétrer en désordre dans la région lacustre de la Mazurie (Mazurenland) où, une première fois, ils avaient été battus.
D’autres succès ont marqué l’offensive russe au Sud de la Pologne, dans ces régions de Lodz et de Kielce que l’invasion allemande avait atteintes, et l’on pressent que des masses formidables, descendant de Varsovie, vont refouler les envahisseurs sur Cracovie où se prépare une rencontre peut-être décisive.
Les Russes, tout en poursuivant le siège de la grande forteresse de Przemysl, s’avancent en même temps vers Cracovie par la route de l’Est; on calcule que deux millions d’hommes se heurteront bientôt à ces confins de la Galicie et de la Silésie.