— On apporte un turco à l’ambulance.
— Le pansement des blessés arrivant de la ligne de feu.

Nous quittons la route pour gravir, à droite, le mont Saint-Marc, du haut duquel nous apercevons, au loin, les batteries françaises. A l’horizon, à 15 kilomètres à peine, l’ennemi est posté, depuis dix jours, retranché formidablement dans d’immenses carrières. Les canons font rage; les flocons de fumée blanche apparaissent constamment, indiquant l’endroit où l’obus éclate. La fumée des obus allemands est plus volumineuse et plus grise, mais leurs projectiles explosent généralement trop haut et font beaucoup moins de mal que ceux de notre 75.

Au loin, on distingue nettement la cathédrale et la ville de Noyon, encore aux mains de l’ennemi.

A la descente, arrêt devant l’ambulance no 1 du ... corps, installée dans une clairière, près d’un talus de la voie ferrée. Deux grandes tentes abritent les blessés les plus atteints; les autres, chasseurs d’Afrique, zouaves, turcos, sont au dehors, étendus ou assis sur la paille, fumant et dormant. La soupe chauffe en plein vent; les chevaux des cantines broutent l’herbe grasse.

Une voiture s’arrête; on en descend avec précaution un turco affaissé; les brancardiers le déposent sur une civière, aussitôt placée sur un tréteau. Le major, en blouse blanche, défait le pansement tout sanglant; le mollet apparaît à demi arraché par un éclat d’obus. Un badigeon de teinture d’iode sur cette affreuse plaie, et vite à un autre, car il en arrive d’autres de la proche ligne de feu.

Un lieutenant tient sa main blessée dans l’entre-bâillement de sa vareuse; on accourt... «Non, pas encore, quand mes hommes seront pansés.» Et il continue sa promenade de long en large, en serrant les dents.

Une ambulance dans une clairière.—Dessin de Louis Tinayre.