LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A DUNKERQUE ET A FURNES
M. Raymond Poincaré vient, pour la seconde fois, de passer quelques jours au milieu des troupes: voyage de bon augure, qui a coïncidé avec d’heureuses nouvelles du front, et qui a été marqué, pour le président de la République, par deux visites d’un haut intérêt.
Arrivé à Paris le jeudi 29 octobre, M. Poincaré consacrait tout d’abord ses deux premières journées de séjour à visiter les gares où passent les blessés, divers hôpitaux où ils sont soignés, à rendre hommage, à la veille de la Toussaint, aux morts inhumés dans les cimetières militaires des environs de Paris. Samedi, guidé par le général Galliéni, le chef de l’Etat parcourait plusieurs sections du camp retranché de Paris, s’intéressant à l’installation des travaux de défense, descendant alertement dans les tranchées, et surtout félicitant chaleureusement les nombreux territoriaux qu’il rencontra à leur poste, de leur entrain, de leur zèle, de leur patriotique dévouement. Enfin poussant jusqu’aux champs de bataille de la Marne, il y saluait de nombreuses tombes de combattants anglais ou français.
Le lendemain, dimanche, M. Raymond Poincaré partait pour Dunkerque. M. Millerand, ministre de la Guerre, l’accompagnait. A Dunkerque, ils rencontraient lord Kitchener, ministre de la Guerre britannique, M. de Broqueville, ministre de la Guerre de Belgique, et, tout naturellement, le général Joffre. Des longs entretiens qui eurent lieu résulta, plus que jamais, la certitude d’un accord complet entre les alliés. Le soir, le président retenait à dîner M. de Broqueville et lord Kitchener. Puis, dans la nuit, le chef du War Office repartait pour Londres.
Lundi, le président de la République, en compagnie du ministre de la Guerre, du général Joffre et du général Duparge, secrétaire général de la Présidence, franchissant la frontière, se rendait en Belgique saluer le roi des Belges et sa vaillante armée. Le roi Albert, informé de ce projet, était venu au-devant de ses hôtes jusqu’à la frontière. Rien ne saurait dire la cordialité, la chaleur de cette entrevue, en un pareil moment. En termes émus, M. Poincaré exprima de nouveau à l’héroïque souverain sa fervente admiration, celle de la France entière pour la magnifique attitude de la nation et de l’armée belges groupées derrière leur roi, et les vœux que tous nous formons pour la Belgique, dont la cause, autant que la nôtre, nous est sacrée; le remerciant, le roi Albert fit un vif éloge de l’armée française. Puis il conduisit, en automobile, à la résidence royale, le président, qui put offrir à la reine ses respectueux hommages.
De là, les deux chefs d’Etat, avec les deux ministres de la Guerre et le général Joffre, gagnaient Furnes, que nos avions protégeaient contre les taubes. Des troupes, belges et françaises, étaient massées sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Le roi et le président, aux accents de la Marseillaise et de la Brabançonne, les passèrent en revue. Une longue et affectueuse entrevue suivit, dans l’un des salons de l’Hôtel de Ville, à la suite de laquelle le roi tint encore à reconduire M. Raymond Poincaré aussi loin que possible, dans la direction d’Ypres, où opèrent avec une endurance, une ardeur admirables, des troupes françaises au milieu desquelles le président, le ministre de la Guerre et le généralissime allaient terminer leur journée.
LES HÉROS DE NOTRE PAYS
LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LE NORD