«Si la pudeur empêche la femme de faire des avances ou de se rendre à la première demande, elle n'en aime pas moins céder. C'est à l'homme d'employer les prières. Voulez-vous obtenir, sollicitez, soyez pressant, que la femme connaisse votre amour, votre passion. Cependant, si vous voyez que vos prières irritent, arrêtez-vous, revenez sur vos pas, simulez le renoncement à vos désirs. Combien de femmes regrettent ce qui leur échappe et détestent ce qu'on leur offre avec instance! En cessant d'être moins pressant, vous cesserez d'être importun. Quelquefois aussi, vous devrez ne point manifester l'espoir d'un prochain triomphe, et, quelquefois, vous vous ferez désirer.»
Quelquefois, l'amour doit s'introduire sous le voile de l'amitié; plus d'une vertu a été prise à ce piège, et l'ami est devenu bientôt un amant (dans plusieurs romans c'est ainsi que la femme entraîne un homme arrêté par des scrupules de délicatesse).
Vous trouverez mille femmes d'humeur différente; prenez mille moyens pour les gagner. Vous devez aussi les faire varier, selon l'âge. Une vieille biche flaire de loin le piège. Si vous vous montrez trop savant avec une novice, trop entreprenant avec une prude, vous éveillerez leur méfiance, et elles se mettront sur leurs gardes. C'est ainsi que, souvent, celle qui a craint un homme honnête s'abandonne à un habile vaurien.
N° 4.—On a vu, au chapitre des empêchements au mariage, que l'amitié doit exclure l'amour. C'est là, certainement, un sentiment qui à sa délicatesse et qui indique le haut prix que, dans l'Inde, à cette époque, on attachait à l'amitié. En France, on a peine à croire à des rapports de pure amitié entre un homme et une femme, tous deux jeunes, quoique beaucoup d'hommes y soient réellement portés, surtout dans la première jeunesse, pour des femmes un peu moins jeunes. Ces amours platoniques sont généralement plus durables et plus dévoués que les amours charnels.
CHAPITRE II
Hommes heureux auprès des femmes.
Les hommes qui ont des succès auprès des femmes sont: Ceux qui possèdent la science de l'amour; les conteurs agréables; ceux qui, dès leur enfance, ont vécu dans la compagnie des femmes; ceux qui savent gagner leur confiance; ceux qui leur envoient des présents; les beaux parleurs; ceux qui savent complaire à leurs désirs; ceux qui n'ont pas encore aimé d'autre femme; les courtiers d'amour; ceux qui connaissent leurs côtés faibles; ceux qui sont désirés par les femmes honnêtes, ont bon air, bonne mine; ceux qui ont été élevés avec elles; leurs voisins; les hommes qui se donnent tout entiers aux plaisirs charnels, fussent-ils même leurs propres serviteurs; les amants des soeurs de lait; les hommes qui étaient mariés il y a peu de temps (et devenus veufs); ceux qui aiment le monde et les parties de plaisir; les hommes généreux; ceux renommés pour leur force (hommes taureaux); les hommes braves et entreprenants; les hommes supérieurs à leur mari en connaissance, en belle prestance, en bonnes qualités, en générosité; les hommes qui s'habillent et vivent magnifiquement[51].
[Note 51: Sur cette longue liste les dames hindoues n'ont que l'embarras du choix; l'occasion d'empêcher un homme de mourir d'amour ne leur manque jamais.]
Quand on tient à sa réputation, on ne cherche jamais à séduire une jeune femme craintive, timide, à laquelle on peut se fier, qui est bien gardée ou qui a un beau-frère ou une belle-mère (l'abstention est donnée ici comme règle de prudence, mais non de morale ou de religion).
Quand une femme s'offense et repousse d'une manière blessante l'homme qui la courtise, il doit y renoncer de suite. Quand, au contraire, en le grondant, elle continue à se montrer gracieuse et affectueuse pour lui, elle ne doit rien négliger pour continuer à s'en faire aimer.