CHAPITRE III

Femmes qui se donnent facilement.

Voici maintenant la liste des femmes faciles:

Celles qui se tiennent toujours sur la porte de leur maison ou regardent constamment dans la rue; celles qui vont toujours causer chez leurs voisins; celles qui regardent les hommes fixement ou de côté[52]; les courtières d'amour; celles dont on ne connaît pas bien la caste et la famille; celle qui aime trop le monde; la femme d'un acteur; une veuve; une femme pauvre; la femme avide de plaisir; la femme orgueilleuse de ses talents; celle dédaignée par ses égales en beauté et en rang; la femme vaine et frivole; celle qui fréquente les femmes galantes; celle dont le mari est souvent absent, en voyage, ou vivant à l'étranger. La femme dont le mari a pris une seconde épouse sans raison légitime; celle qui n'a pas eu d'enfant de son mari et qui a perdu tout espoir d'en avoir de lui; celle qui, étant mariée, reste abandonnée à elle-même, dont personne ne s'occupe; celle qui affiche un amour excessif pour son mari; celle dont le mari a plusieurs jeunes frères[53]. La femme qui a pour époux un homme qui lui est inférieur par le rang et les capacités; celle dont l'esprit est troublé par la sottise et les mauvais procédés de son mari; celle qui a été mariée enfant à un homme riche, et qui, devenue grande, ne l'aime point, et veut un amant possédant les qualités qui la captivent; celle dont le mari est quinteux, jaloux, débauché. La femme d'un joaillier; une femme jalouse, ambitieuse, galante. La femme avide, peureuse, boiteuse, naïve, difforme, triviale, de mauvaise odeur, maladive, vieille[54].

[Note 52: Cela revient à dire qu'une honnête femme ne doit pas du tout regarder les hommes.]

[Note 53: On sait que, dans l'Inde, les jeunes frères vivent en communauté avec leur aîné, de là un désordre si fréquent que la femme de l'aîné est toujours supposée de moeurs faciles. C'est de là sans doute qu'est née la polyandrie. Dans le Mahabarata, les cinq fils de Pandou ont la même femme légitime. La polyandrie existe légalement sur une large base au Thibet et dans les provinces de l'Inde limitrophes de cette contrée.]

[Note 54: Les catégories des femmes faciles sont si nombreuses qu'elles doivent comprendre presque toutes les personnes du sexe. Aussi un ministre protestant écrivait-il au milieu de notre siècle qu'il n'existait presque point de femmes vertueuses dans l'Inde.]

Dans toute l'Inde, le chef du village, le préposé du roi et le glaneur de blé[55] obtiennent les faveurs des femmes du village rien qu'en les demandant, c'est pourquoi on donne à cette classe de femmes le nom de femmes galantes ou catins.

[Note 55: C'est une sorte de valet public entretenu par tous les habitants du village, et qui travaille pour eux tous; il fait les besognes communes et celles de propreté et d'hygiène publiques. Il semble qu'alors cet emploi n'était pas méprisé. Aujourd'hui, dans le sud de l'Inde, le valet du village est un pariah (hors caste), avec lequel aucune femme de caste, même inférieure, ne voudrait avoir de rapports.]

Les trois hommes sus-désignés ont commerce avec elles à l'occasion du travail commun, de la rentrée des blés en magasin, du nettoyage des habitations, du travail dans les champs, des divers achats, ventes et échanges.